7 conseils pour les jeunes auteur(e)s

Coralie Fouriau Par Le 2021-03-23 0

Dans Écriture

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Source image : Jess Bailey de Pixabay

Cette fois-ci, j’ai eu envie de vous lister quelques conseils que j’avais mis de côté sur une feuille volante. Peut-être que vous les trouverez bateaux… peut-être pas. À vous de voir. Voici donc sans plus attendre mes sept conseils pour les jeunes auteur(e)s.

I - Développez la richesse de votre vocabulaire et adaptez-le à votre public cible

Le premier conseil qu’on m’a donné en écriture a été celui de ma prof de français en 3e au collège. J’avais des capacités en écriture, elle l’avait remarqué, néanmoins je n’avais pas un vocabulaire assez riche. Dans ces conditions, deux solutions s’imposaient à moi :

  1. Lire une montagne de livres
  2. Lire le dictionnaire

 

Selon vous, laquelle ai-je choisi ? Pas la première option en tout cas. J’étais très introvertie au collège et j’osais à peine aller au C.D.I. pour prendre des livres. Et pour le peu que j’y allais, je n’osais même pas emprunter le moindre bouquin parce que j’ignorais la démarche. Oui en fait, j’avais un peu peur de mon ombre. Ma mère m’obligeait sans cesse à aller à la pharmacie, à la boulangerie, tout était prétexte pour me faire aller à sa place. Pas par fainéantise, mais parce qu’elle avait remarqué mon introversion et elle craignait que je me renferme trop dans ma coquille. Et le téléphone, mon ennemi public n°1 ! Je haïssais le téléphone ! Bref, ce n’était pas bon pour mon avenir.


Donc pour enrichir mon vocabulaire, je lisais mon dictionnaire et les quelques livres qui trainaient à la maison. Je ne lisais pas des pages et des pages du dico, cela aurait été barbant. Mais de temps à autre, je l’ouvrais, choisissais un mot, lisais la définition, puis passait à un autre. Il y avait des définitions que je retenais plus facilement que d’autres ; certains mots étaient savants, d’autres moins.

 

Ensuite, sachez jouer avec ces mots. Il faut adapter votre discours au genre utilisé et à votre public cible car comme l’a dit un certain Capitaine Barbossa "Oh, il y avait là des tas de mots très savants, nous ne sommes que d’humbles pirates." Nous aussi, nous sommes majoritairement d’humbles citoyens. Il faut donc savoir doser nos mots compliqués, mettre des notes de bas de page en cas de doute, les utiliser à bon escient car certains mots sont synonymes mais ont leur propre sens. Aussi, une multitude de mots savants finiront par décourager le public qui n’a pas spécialement envie de rester avec le dictionnaire sur sa table de chevet. Pensez un peu à lui, ne soyez pas égoïste. Si votre but est d’apporter des connaissances, c’est un but honorable et je n’ai rien contre. Toutefois, faites attention à ce qu’on n’ait pas la désagréable sensation d’être secoué ou de se retrouver sur un champ de mines. La lecture doit être une glissade vers l’aventure. Il peut y avoir des embûches, c’est vrai. Il faut savoir manier nos armes, manier notre plume.
 

II - Porter une attention particulière à vos cours

Si vous êtes encore dans un établissement scolaire, par pitié, soyez attentif aux cours qu’on vous donne. Les cours de français peuvent être une très bonne base. Néanmoins, tous les cours peuvent être utiles quand on écrit une histoire. Ce n’est pas parce que vous êtes en Bac L que vous devez négliger la physique/chimie (ou la S.V.T. ou la Biologie/Microbiologie pour d’autres filières) ; surtout si vous voulez écrire du fantastique ou de la fantaisie. Cette matière est d’autant plus importante dans ce domaine. Pourquoi ? Eh bien comment pouvez-vous prétendre créer un univers avec ses propres règles si vous ignorez totalement celles qui régissent le nôtre ? Avant de vouloir déconstruire ce que nous connaissons, encore fait-il avoir des connaissances. Créer un univers, c’est comme bâtir une maison. Un architecte ne laisserait pas la moindre brique se poser s’il n’y a pas au préalable de bonnes fondations pour maintenir son bâtiment, n’est-ce pas ? Un univers, c’est la même chose.

 

Certes, vous n’avez pas besoin d’apprendre par cœur tous les cours qu’on vous donne. Ce n’est pas ce que je vous demande. Un autre professeur de français nous disait "qu’apprendre par cœur n’est pas savoir" et je suis assez d’accord avec lui. Cela ne sert à rien d’apprendre bêtement un cours par cœur si vous ne l’avez pas compris. Tout ce que je vous demande, c’est de garder une oreille attentive. Avec l’écoute et la concentration, on peut en enregistrer environ la moitié dans sa mémoire. Cela vous donnera moins de travail quand vous rentrerez chez vous. Néanmoins la chose à retenir est la suivante : restez suffisamment attentif pour que dans les prochaines années (quand vous aurez besoin de faire une recherche pour votre roman [ou nouvelle, ou bande dessinée, etc.]) vous ayez la présence d’esprit de fouiller au bon endroit.

 

Exemple : votre personnage est un adulte et doit se sortir d’un piège enlisant. Question : En sera-t-il capable selon le poids (en réalité la masse, exprimée en kg) que vous lui avez attribué ? La réponse est une question de physique. Néanmoins, vous pouvez trouvez la réponse du côté de la S.V.T. Certains insectes utilisent ce genre de piège pour attraper leurs proies et il est possible de trouver des éléments de réponses en étudiant de ce côté-là.

Note : on parle à tort de "poids" dans notre quotidien mais nous faisons référence à la masse qui est une quantité de matière. Le poids est la force de gravitation exercée sur ce corps (exprimé en Newton). Cette force est toujours dirigée vers le centre de la Terre (ou autre corps céleste). - Source Futura-science. Si votre personnage est un professeur en physique, il serait bien de le savoir, histoire qu’il ne passe pas pour un guignol.
 

III - Suivez la logique

Définition : Conforme au bon sens, cohérent, rationnel - Source : Larousse.


Gardez une logique du début à la fin de votre œuvre. Prenez des notes autant de fois que nécessaire, surtout quand on construit un univers dont émaneront plusieurs romans. Une suite d’incohérences suffit pour tout faire basculer. Je le répète, ne prenez pas votre lectorat pour un idiot. Aussi, un conseil que j’ai déjà entendu et que j’approuve est le suivant : si vous ne parvenez pas à reformuler une phrase, tentez de la supprimer et voyez ce que cela donne. Si votre texte ne change pas, alors elle était inutile ; passez à autre chose. Si au contraire, il perd un peu de son sens, ne vous acharnez pas à trouver des synonymes car le problème est ailleurs. C’est la syntaxe qu’il faut revoir.
 

IV - Prenez garde à la précipitation

Sachez dompter votre impatience à l’égard des idées nouvelles. On est parfois tellement enthousiasmé par nos nouvelles idées qu’on se précipite sur l’écriture d’un nouveau roman alors que celui en cours n’est pas achevé. "Bah ? et moi alors ?!" vous fait-il avec jalousie. Évitez de vous précipiter. Notez votre idée et laissez-la mûrir. Parfois d’autres idées viendront d’elles-mêmes la compléter, nourrissant ainsi peu à peu votre nouvelle histoire. C’est comme un vin qu’on laisse vieillir pour que sa qualité s’améliore avec le temps. Cela vous évitera la réflexion "Oh j’ai publié mon roman ainsi mais j’aurais aimé modifier ça, ça et ça" et également de rencontrer une certaine frustration.

V - Les caprices de l’inspiration

Cela m’est déjà arrivé qu’on me demande d’où vient mon inspiration. Parfois les idées fusent de manière incroyable. J’ai intérêt à les noter au plus vite avant qu’elles s’envolent. Mais ne vous méprenez pas, j’ai également droit à mon lot de pannes d’inspiration comme tout le monde. Sachez seulement que celle-ci peut venir de n’importe où : lors d’une recherche, en lisant un livre, en regardant des images ou des photos, en écoutant de la musique, en visionnant des clips musicaux, lors d’une promenade en pleine nature, en examinant curieusement les annonces d’une agence immobilière (architecture singulière qui provoque une étincelle créative), lors d’une visite culturelle. Elle peut venir aussi en faisant une autre activité : en cuisinant, en faisant du sport, en bidouillant son logiciel d’images, en faisant des travaux manuels, un puzzle, en jouant sur une application, etc. Apprenez à utiliser un logiciel de vidéo pour votre booktrailer, un logiciel d’images pour vos couvertures. Cela peut être très enrichissant avec les tutos montages, les greenscreens à insérer, certains sont vraiment très beaux. Vous créerez dans un autre art et s’atteler à une tâche nouvelle peut stimuler l’inspiration.


Donc si vous avez une panne, ne restez pas devant votre feuille (ou fichier) en priant pour qu’elle revienne. Stoppez l’écriture et faites autre chose. L’esprit a aussi parfois besoin de vagabonder dans ses rêveries pour retrouver l’inspiration. Et si malgré cela, elle ne revient pas, c’est peut-être qu’il y a un problème dans votre plan de départ. Une intrigue qui ne se déroule pas comme il faut ? Une information qui manque ? Peut-être que votre esprit vous freine à cause d’un problème de cohérence ? Êtes-vous certain(e) d’être sur la bonne voie ?
 

VI - Les paroles intérieures

Vous êtes-vous déjà demandé(e) comment vos personnages auraient voulu que leur histoire se déroule ? Avez-vous déjà eu l’impression que votre personnage était plus attiré par telle personne alors que vous en pensiez une autre ? C’est la petite graine qui vous parle. Si vous bloquez à un passage, installez-vous sur une chaise, regardez le ciel et faites le vide dans votre esprit. Méditer ? Oui, méditez, c’est cela. Puis petit à petit, quand le climat spirituel est suffisamment calme, imaginez vos personnages discuter entre eux. Comme si vous n’étiez qu’un simple spectateur regardant une pièce de théâtre ou un film. Écoutez ce qu'ils vous disent. Si votre romance, par exemple, ne marche pas aussi bien que vous l’avez prévu, peut-être que c’est juste parce que vos personnages sont incompatibles et qu’ils le savent bien. Tout le petit monde dans votre tête le sait, sauf vous. Ce sont peut-être vos personnages qui vous donneront la solution à votre blocage, ce serait dommage de passer à côté.

VII - Écrivez pour vous et remettez-vous en question

Écrivez d’abord pour vous, ensuite respectez votre lectorat. Et enfin, par pitié une fois encore, n’écrivez pas pour gagner un prix. La carotte qui doit vous faire avancer, c’est votre plaisir d’écrire et de partager, pas celui de vous attirer les louanges des autres en gagnant un prix. Ceci n'est pas un objectif. Et si cela n'arrivait jamais ? Pensez-y sérieusement. Car honnêtement, qui se pose la question de savoir si un auteur a obtenu un prix lorsqu’il lit une 4e de couverture ? Ah ! cela donne du prestige, c'est vrai. Mais est-ce une fin en soi ? Allez-vous supporter de ne plus être au sommet de la gloire une fois que vous serez retombé(e) ? Aurez-vous la force suffisante pour vous relever d'une telle chute ? Est-ce réellement indispensable pour le lecteur de savoir que vous avez eu un prix ? Non. Cela en va de même pour le best-seller. Si vous partez avec l'objectif premier de sortir un best-seller dès votre premier livre, vous allez tomber de très haut. D'abord parce qu'il faut une excellente communication sur votre livre pour pouvoir atteindre un nombre inimaginable de ventes, mais aussi parce qu'il y a un gros facteur chance. Elizabeth Gilbert a sorti un best-seller et elle le dit elle-même, elle ne l'a pas fait exprès et elle aurait même préféré que cela n'arrive jamais. C'est beau de poursuivre un rêve, seulement il faut savoir garder la tête sur les épaules. Les auteurs qui tentent de vous avertir, ce n'est pas par jalousie. Ne vous en faites pas pour eux, ils s'en sortent très bien. S'ils vous avertissent, c'est pour vous éviter une chute vertigineuse. Croyez-bien qu'un jeune auteur peut très bien sortir un texte aussi beau qu’un lauréat, sans chercher spécialement la gloire. Tout ce qu’il lui manque, c’est la confiance. Pour cela, je vous recommande le livre d’Elizabeth Gilbert "Comme par magie", il va vous redonner du peps !

 

Sachez vous remettre en question. Moi aussi quand je sortais de l'adolescence, j'ai eu mon lot sur Skyrock de "c'est génial", "hâte de lire la suite", "super". Au début c'est gratifiant, on est content, on a des paillettes dans les yeux. Seulement il y a un problème. Comment savez-vous que votre petit lectorat est sincère ? Croyez-moi, recevoir ce genre de commentaires deviendra de plus en plus lassant car toujours la même chose. Personnellement je me suis dit "ce n'est pas possible que j'écrive aussi bien dès le départ". On ne me la fait pas à moi ! J'ai bien fait de me remettre en question. J'ai comparé avec les quelques livres sortis de maisons d'édition que j'avais en ma possession et je me suis rendue compte de la catastrophe :

  1. Récit quasiment inexistant,
  2. Pas de description,
  3. Des dialogues sans intérêt qui ne faisait que remplir les chapitres.

C'était bien loin de mes ambitions de départ : sortir un livre, pas un best-seller, un livre. J'ai donc corrigé ma façon d'écrire et là, mon public a disparu. Pourquoi ? Parce que mes chapitres sans prise de tête sont devenus trop ambitieux pour eux. Il préférait une lecture facile et totalement vide d'émotions plutôt qu'un récit plus sérieux. Eh bien tant pis, j'ai choisi de m'améliorer coûte que coûte. Qu'importe si ce public m'échappe, j'en aurai un bien meilleur qui saura apprécier un texte avec le relief que je lui apporte.

 

Encore une petite anedocte :

Il y en a quand même eu une qui a eu l'audace de me dire ce qui n'allait pas dans mes chapitres. Je ne sais plus si c'était avant ou après ma remise en question. Ceux-ci manquaient d'émotions selon elle. Elle avait même dit "ça manque d'émotions, je lis tes chapitres comme si je lisais une liste de courses." Elle avait eu un peu peur de ma réaction parce qu'elle n'y avait pas été avec le dos de la cuillère mais trop tard, le commentaire était parti. Quand je l'ai lu, j'ai d'abord été choquée. J'en avais même ragé car j'avais déjà commencé à retravailler mes textes. Seulement je n'avais pas répondu dans l'immédiat. J'ai préféré me calmer avant car malgré ma fureur, je savais qu'elle tentait juste de m'aider. Mais je n'avais pas l'habitude de ce genre de commentaire alors j'étais monté en flèche. Le lendemain quand j'ai relu et comparé mon chapitre avec ses arguments, j'ai constaté qu'elle avait raison. Elle fut soulagée de voir de ma part une réponse posée et compréhensive. Aujourd'hui, je la remercie de m'avoir donné un coup de pied à l'arrière-train.

Conclusion

Si vous trouvez que les conseils donnés aux auteurs (ici ou ailleurs) sont des conseils "bateaux", que vous n’arrivez plus à apprendre quoi que ce soit sur l’écriture, cela veut peut-être dire qu’il est temps pour vous de vous y mettre sérieusement. C’est la réflexion que je me suis faite dans la seconde moitié de l’année 2020. Je me suis débarrassée de cette pensée "peut-être que je sortirais ce livre un jour, si j’arrive à le finir" et je l’ai remplacé par "je veux que ce livre sorte cette année ! Faut que ça bosse !" Certes, je suis contrainte de faire quelques sacrifices mais cela vaut le coup. Si vous connaissez la théorie, qu’attendez-vous pour entamer la pratique ? Vous avez besoin d’un coup de pied au derrière ? Eh bien je vous le donne ! Hop, hop, hop ! Au boulot maintenant ! Oui, je fais comme Elizabeth Gilbert qui vous donne l’autorisation de créer, ainsi vous faites une pierre deux coups. En un article, vous avez l’autorisation et le coup de pied au séant qui va avec.

 

Plus sérieusement. Si vous avez réellement la sensation de ne plus rien apprendre sur l’écriture, alors peut-être que vous êtes prêt pour l’aventure. Vous aviez juste besoin de vous en rendre compte. Et il n'y a que vous qui puissiez faire quelque chose contre l'inaction. Néanmoins prudence, gardez à l’esprit qu’on en apprend tous les jours. Je ne vous dis pas que vous ne devez rien corriger à votre écrit. Soignez votre travail, qu’on s’entende bien.

 

Bon courage à vous, braves chevaliers littéraires !
 

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