La bienveillance

Coralie Fouriau Par Le 2021-10-03 2

Dans Démarches/Droit/Finances

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Source image : Geralt par Pixabay

Nous allons voir ensemble ce qui se cache derrière ce mot si populaire en ce moment : bienveillance. Commençons d’abord par quelques définitions que je vous conseille vivement de lire.

I – Définitions (du Larousse.fr)

En effet, nous allons bien tout définir pour que les choses soient bien claires. C’est parti ! La bienveillance est une disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui.

 

Compréhension :

  1. Action de comprendre le sens, le fonctionnement, la nature, etc. de quelque chose.
  2. Aptitude de comprendre : intelligence. On peut trouver comme synonymes : clairvoyance, lucidité (= capacité à juger/voir les choses clairement et objectivement dans leur réalité).
  3. Sympathie, indulgence, esprit de conciliation qui procède d’une connaissance des problèmes, des difficultés rencontrés par quelqu’un, un groupe, etc.

 

Indulgence : aptitude à excuser, à pardonner les fautes, à ne pas les sanctionner sévèrement.

 

Intelligence :

  1. Ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle (= propre à la raison qui est une faculté propre à l’homme, par laquelle il peut connaître, juger et se conduire selon des principes). A) Un principe est une proposition fondamentale, loi, règle, définissant un phénomène dans un domaine d’étude. B) Base sur laquelle repose l’organisation de quelque chose, ou qui en régit (= détermine) le fonctionnement. C) Règle définissant une manière type d’agir et correspondant le plus souvent à une prise de position morale.
  2. Aptitude d’un être humain à s’adapter à une situation, à choisir des moyens d’action en fonction des circonstances.
  3. Qualité de quelqu’un qui manifeste dans un domaine donné un souci de comprendre, de réfléchir, de connaître et qui adapte facilement son comportement à ces finalités.

 

Morale :

  1. Ensemble de règle de conduite, considérées comme bonnes de façon absolue ou découlant d’une certaine conception de la vie.
  2. Science du bien et du mal, théorie des comportements humains, en tant qu’ils sont régis par des principes éthiques (= qui concerne la morale, ensemble de principes moraux qui sont à la base de la conduite de quelqu’un).

 

Faute :

  1. Manquement à la règle morale, à une prescription religieuse.
  2. Manquement à une règle, aux devoirs qui découlent d’un contrat de travail ou d’une activité réglementée. On peut parler de faute professionnelle grave par exemple.
  3. Manquement à une norme, à un principe, à une procédure.
  4. Responsabilité de quelqu’un ou de quelque chose dans un acte coupable, une erreur, un manquement, ou dans une quelconque situation.
  5. DROIT : acte ou omission qui cause un dommage à autrui. La faute peut être contractuelle, délictuelle ou quasi-délictuelle.

 

Responsabilité :

  1. Obligation ou nécessité morale de répondre, de se porter garant de ses actions ou de celles des autres.
  2. Fonction, position qui donne des pouvoirs de décision, mais implique que l’on en rende compte.
  3. Fait pour quelque chose d’être la cause, l’origine d’un dommage.

 

Vous êtes encore là ? Parfait ! Visiblement, il y a pas mal de notions derrière ce simple mot. Vous remarquerez que beaucoup de choses sont liées entre-elles : la compréhension à l’intelligence, l’indulgence aux fautes commises, et celles-ci en lien avec notre responsabilité. 

 

II – Qu’est-ce que la bienveillance ?

Dans l’univers créatif, on parle de bienveillance lorsqu’on s’entraide, quand on se soutient mutuellement.

Il s’agit une notion indépendante du monde professionnel, c’est-à-dire que nous ne sommes pas obligés d’être professionnel pour montrer de la bienveillance envers les autres, et vice-versa. À la base, elle devrait être universelle. Autrement dit, être perceptible au sein de n’importe quel individu, qu’il soit auteur, illustrateur, bêta-lecteur, correcteur, etc., professionnel ou non.

Toutefois, la bienveillance a ses limites. Nous ne pouvons pas nous montrer indulgents envers quelqu’un qui insulte notre travail, de quelque manière que ce soit. Lorsqu’on la bouleverse, il faut s’attendre à un « effet boomerang » inévitable (appellation personnelle, je rappelle). En gros, vous allez en subir les conséquences à l’avenir.

 

Pourquoi je vous parle de cela ? Nous allons le voir ci-dessous.
 

III – La bienveillance d’autrui n’est pas une excuse à nos débordements.

En effet, l’amabilité des autres ne doit pas faire l’objet d’abus de notre part en tant que client. Comme vu dans les définitions en première partie, nous ne sommes plus dans cet état d’esprit lorsqu’il y a une entorse à la règle morale, à un principe fondamental et que cela cause un dommage et/ou un préjudice (= atteinte portée aux droits, aux intérêts, au bien-être de quelqu’un, du fait d’un tiers) à notre interlocuteur.

Selon les situations, nous engageons notre responsabilité contractuelle ou délictuelle. Plus la faute est grave et moins nous pourrons faire preuve d’indulgence. De plus, les fautes graves peuvent coûter extrêmement chères.

 

Exemple 1 :
En cas de non-paiement d’une facture de prestation de service (illustration, bêta-lecture, correction, animation vidéo, etc.), notre responsabilité contractuelle est engagée par le biais du contrat précédemment signé. En conséquence, des pénalités de retard sont annoncées en cas de relances multiples (lettre de relance, mise en demeure). Si l’affaire s’éternise, il y aura un recours judiciaire. Sources : litige.frdemanderjustice.com - Article 1231-1 du Code civil Légifrance
Pour éviter cette situation, on peut demander dès le départ des facilités de paiement. On peut également faire un report exceptionnel de l’échéance si le client explique ses difficultés au prestataire. Les accords amiables sont possibles, profitez de cette chance. C’est lorsque le client fait silence radio et qu’il n’explique rien qu’il se met dans son tort. Car cela sous-entend qu'il ne souhaite pas payer ses factures et qu'il fait le mort en espérant être oublié.

Enfin, si vous n’avez pas les moyens de payer un service, n’en demandez pas (tout simplement). Vous pouvez trouver des sites gratuits pour faire vos visuels : Canva.com, GIMP est un très bon programme de dessin/photomontage, Pixabay (photos et vidéos), Dafont ou 1001 free fonts pour les polices (attention, il faut qu’elles soient 100% gratuites pour usage commercial). Faites des recherches, des ressources libres de droits sont disponibles. Toutefois, il faut prêter une grande attention aux licences (CC par exemple). Soyez aussi vigilant sur le droit à l'image.

 

Exemple 2 :
Si vous passez commande à un graphiste-illustrateur, un correcteur ou autre professionnel indépendant de l’édition, vous pouvez négocier le contrat, c’est-à-dire en discuter avec votre interlocuteur pour modifier les termes dudit contrat. C’est une chose qui se fait en présence des deux partis qui doivent consentir mutuellement aux modifications voulues par le demandeur.

La modification d’un contrat de prestation par le client est considérée comme un délit de faux. Notre responsabilité délictuelle est engagée. Cet acte est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 45 000€ d’amende. Source : service-public.fr

Attention : si le faux document est un document délivré habituellement par une administration (carte d’identité, carte vitale…), les peines sont de 5 ans de prison et de 75 000€ d’amende.

L’auteur du fait risque aussi des sanctions complémentaires comme le paiement des dommages et intérêts.

 

Pourquoi je vous dis tout cela ? C’est quoi le rapport avec la bienveillance ? J’y viens.

 

Lorsque votre interlocuteur vous fait une remarque parce qu’il aura détecté un problème majeur dans votre démarche (envers lui), vous ne pouvez pas lui rétorquer :

— Ah mais, je croyais que tu faisais ça par passion. Il faut payer en fait ?
— Je te pensais bienveillant mais en fait non. Tu me déçois beaucoup.
— La bienveillance, ce n’est plus ce que c’était.


Non ! Franchement, on dirait des reproches de collégiens ! Revoyez votre définition du mot « bienveillance » (cf. partie 1). Au contraire, il a fait preuve de bienveillance et d’intelligence en vous mettant en garde lorsque vous vous apprêtez à commettre un délit. Mais si vous voulez avoir des ennuis avec la justice, à votre aise. Personnellement, je préfère éviter la case PRISON du Monopoly. Je ne pourrais rien écrire là-bas.

Ne pas payer ses factures est un délit aussi. Et l’univers créatif n’est en rien épargné par les lois qui régissent ce monde (dont nous faisons partie), même si la législation est incertaine vis-à-vis des artistes-auteur(e)s. Nous serons jugés tel des êtres humains et non comme des artistes. En tant que créatif, nous avons le devoir d’adopter un comportement qui respecte les bases de la bonne conduite et les principes fondamentaux. Les fautes citées ci-dessus ne sont pas des erreurs facilement pardonnables puisqu’ils sont punissables par la loi.
 

Conclusion

Nous avons vu ensemble toutes les notions qui se cachaient derrière la bienveillance : compréhension, indulgence, intelligence, faute/erreur/dommage, morale, principes, responsabilité.

La bienveillance ne signifie pas qu’on doit se laisser marcher sur les pieds sans broncher. Vous devez prendre conscience que vos actes ont des conséquences, parfois très lourdes. Ce serait quand même regrettable pour vous de vous prendre un recours judiciaire dans la face alors que votre facture représentait une somme minime par rapport au montant de l’amende.

 

Je suis navrée du caractère moralisateur de cet article. Seulement je vois des choses sur Internet qui me font sortir de mes gonds. Nous, artiste-auteur(e)s, sommes les premiers à dire que tout travail mérite salaire, que notre travail doit être reconnu. Alors soyons clean de notre côté. Un artiste-auteur qui compte sur la bienveillance d’autrui pour obtenir des services gratuits n’a rien de respectable. On appelle cela de la manipulation. Pire, celui qui modifie les documents à sa guise en espérant que rien ne soit remarqué. Si ce n’est pas de l’abus de confiance, on n’en est pas loin.

Je conseille vivement à quiconque offrant des services (payants ou gratuits, à vous de voir) d’établir des contrats entre le prestataire et le client avec des conditions claires. De mon côté, je fais des rapports de prestation après bêta-lecture avec des demandes d’autorisation. Faites attention à vous.

 

Merci d’avoir lu ce billet jusqu’au bout. Je vous souhaite une bonne continuation dans vos activités.
 

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Commentaires

  • Maritza

    1 Maritza Le 2021-10-03

    Très bon article, et je rejoins sur tous les points.
    Bienveillance ne veut pas dire qu'on se fait marcher dessus. Beaucoup confondent. Aaaah oui oh lalala l'aspect juridique. Si tu savais !
    Coralie Fouriau

    Coralie Fouriau Le 2021-10-03

    Merci Maritza. :) Oui beaucoup oublie qu'il y a une responsabilité derrière ce mot qui paraît insignifiant.

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