Chapitre 5 - Nouvelle assistante

Chapitre 27

Le marina se dirigea vers le bureau de son maître. Il frappa à la porte et attendit qu’on lui autorise d’entrer. Enliana entendit la voix de Julian. « Il parle avec quelqu’un apparemment » remarqua-t-elle. Elle perçut ensuite un bruit bizarre, qu’elle ne connaissait pas. « Entrez » interpela Julian. Sorrento tourna la poignée et s'introduisit dans la pièce avec la demi-elfe. Le propriétaire du navire écarquilla les yeux en voyant la jeune femme. Celle-ci se retrouva gênée.

 

« Enliana, tu es ravissante.

— Merci.

— Tu ne voudrais pas changer de chambre par hasard ?

— Monsieur Solo ! rouspéta le majordome, tout rouge.

Cette intervention provoqua l’hilarité du jeune homme.

— Allons Sorrento, je n’étais pas sérieux. Excuse-moi Enliana pour cette petite blague. Je ne fais que taquiner mon majordome.

— Oui apparemment ça l’amuse beaucoup.

Enliana regarda autour d’elle mais s'aperçut que le jeune homme était seul dans son bureau.

— À qui parliez-vous Monsieur Solo ? Il n’y a personne ici.

— J’étais en ligne avec le médecin. D’après ton bilan sanguin, il n’y a rien d’inquiétant. Comment te sens-tu maintenant ?

— Bien mieux. Mais comment vous savez ça vous ?

— Je viens de te dire que j’étais en ligne avec le médecin.

La jeune femme le dévisagea tandis que Sorrento comprenait déjà qu’elle ignorait de quoi parlait son maître.

— « En ligne » ?

Julian prit le combiné pour le lui montrer.

— Au téléphone.

Elle s’approcha et saisit l’objet.

— Que voulez-vous que je fasse de ça ? Je voudrais voir le courrier du médecin si ça ne vous dérange pas.

 Le majordome mit sa main sur son visage et en hochant la tête. Julian afficha un petit sourire. « Elle ne comprend pas » se dit-il.

— Le médecin vient de me parler à travers le combiné que tu tiens.

— Dans ce petit truc ?! (Julian acquiesça.) Vous vous payez ma tête !

— Mais non, cet appareil sert pour les communications à longue distance.

La jeune femme scruta à nouveau le combiné. Elle le secoua.

— Ça fait du bruit.

— C'est la tonalité.

— Docteur, vous êtes là-dedans ?!

Cette fois Sorrento ne put s’empêcher de se moquer ; et Julian aussi par la même occasion. Toutefois cela offensa la jeune femme.

— Oh, ne me regarde pas ainsi Enliana, fit Julian. C’est une communication longue distance, le médecin n’est pas dans cette boîte.

— Au moins vous voyez que vous n’avez rien à craindre de moi, idiote comme je suis.

La riposte de la demoiselle laissa un grand froid dans la pièce.

— Ce n’est pas ce que je voulais insinuer Enliana. Pourquoi aurais-je peur de toi ?

— Vous pensez vraiment que je ne vous ai pas entendu lorsque vous faisiez des messes basses à Sorrento ? J’ignore qui est Kanon, ni même ce qu’il vous a fait. Mais je ne suis pas lui.

Le majordome n’osait répliquer quoi que ce soit. En réalité, il valait mieux qu’il ne dise rien, au risque d’aggraver la situation.

— Je suis désolé. J’ignorais qui tu étais et entendre le nom de Kanon m’a provoqué une certaine méfiance.

— Pourtant il est l’homme qui m’a sauvé des enfers. Sans lui, je serai sûrement morte.

— Pardonne mon attitude Enliana, je ne voulais pas t’offenser. Y a-t-il quelque chose que je peux faire pour toi ? Pourquoi veniez-vous me voir ?

— Avez-vous un poste à me proposer ?

— Comment ça ?

— Il faut bien que je travaille si je veux loger ici, le temps d’arriver à terre. (Sorrento écarquilla les yeux.) Je ne vais pas vivre sur votre compte en regardant le temps passer.

Le majordome se tourna vers elle d’une façon assez intéressée. Son geste retint l’attention de la demoiselle.

— « Le temps d’arriver à terre » ? Tu comptes partir à la première occasion Enliana ?

— Tu ne croyais tout de même pas que j’allais m’incruster chez vous ?!

— Mais enfin ce n’est pas raisonnable. Comment vas-tu t’y prendre ? Notre prochaine escale sera en Italie, tu connais l’Italie ? Tu connais leur langue ? Tu ne sais même pas lire les devises sur les étiquettes de ce bateau ! Non ce n’est pas possible !

— Comment crois-tu que j’ai fait jusqu’à présent ? Je peux très bien me débrouiller !

— Et les hommes ? Tu y as pensé ?

Julian assistait à la conversation, son regard balançait d’une personne à l’autre. Des choses à la fois intéressantes et amusantes se dévoilaient.

— Quoi les hommes ?

— Mais enfin ne te paie pas ma tête ! J’ai bien vu que tu me collais dans les couloirs. Les hommes te font peur, le moindre de leur regard t’inquiète ! Ne me prends pas pour un imbécile !

— Tu crois vraiment que je ne sais pas me défendre ?!

— Il est hors de question que tu sortes de ce navire ! Tu seras violée à la première occasion. Je ne veux pas que ça t’arrive.

— Mais je sais me défendre !

Le majordome se tourna cette fois vers son maître, exaspéré par son comportement.

— Monsieur Solo qu’en pensez-vous ?

— Il a raison, Enliana. Il serait bien plus prudent que tu restes avec nous. Ne serait-ce que pour te repérer dans notre monde. Malheureusement je n’ai pas de poste à te fournir. Mais tu peux aider Sorrento dans ses tâches quotidiennes. Ainsi il veillera sur toi et tu n’auras pas à avoir peur des hommes de ce navire. »

 

Elle pinça ses lèvres, mais elle n’avait pas le choix que d’obéir aux ordres de Môsieur Solo. Enfin, elle exagère. Ce n'étaient pas des ordres, plus des recommandations. Néanmoins rester avec le majordome lui convenait, elle l’espérait même. Julian demanda à Sorrento de vérifier que tout était prêt pour le repas de ce midi. Aussi il avait invité Enliana à sa table, ainsi que le majordome par la même occasion. Les deux jeunes gens sortirent de son bureau pour exécuter la demande. « Je vais te montrer où se trouve la salle à manger de Monsieur Solo » suggéra le majordome. Elle ne répondit pas et le suivit en silence. Ils parcoururent le labyrinthe.

 

« Je fais bien de rester avec toi, je n’arriverais pas à me repérer ici. Il y a tellement de couloirs, d’étages et le bâtiment est long.

Ils arrivèrent devant une grande porte voutée et Sorrento tourna la poignée.

— Et tu voulais partir à l’aventure comme ça, sans le moindre repère ? Tu es parfois imprudente.

Il ouvrit la porte et la fit entrer. Les domestiques avaient dressé la table. Elle était longue et couverte par de l’argenterie.

— C’est une table de noble.

— C’est celle de Monsieur Solo.

— Et il voudrait que je déjeune avec vous. Impossible.

— Pourquoi ?

— Je n’ai rien à faire là.

— Moi non plus, mais il m’a invité et je ne lui ferai pas le déshonneur de refuser sa généreuse invitation.

Enliana ne sut quoi lui répondre. L'éconduire serait montrer une insolente ingratitude, c’est vrai. C’est la deuxième ou troisième fois qu’il lui clouait le bec et cela frustrait la demoiselle.

— Tu m’agaces ! Mais tu n’as pas tort. Qu’est-ce que je vais mettre pour le repas ? Tu crois que cette robe suffira ? (Sorrento prit un moment afin de la toiser du haut en bas, de bas en haut, il recommença une fois, deux fois, trois fois pour la taquiner.) Bon, verdict !

Il se mit à rire.

— Excuse-moi, t’embêter est un jeu d'enfant. Non, sans vouloir te vexer tu vas te faire facilement remarquer. Garde ce beau chignon, il cache bien tes oreilles pointues. Je vais voir ce que je peux faire pour ta robe.

— Oh non pas encore une nouvelle.

— Eh si. Moi je peux venir en costume, toi tu n’as rien pour ces occasions. Viens avec moi, tu en choisiras deux ou trois.

— Mais dis-moi, tu ne serais pas un rupin toi aussi ?

Il fut surpris par cette question qui sonnait comme un reproche.

— Pas du tout.

— Alors une robe suffira. Et encore, retournons dans notre chambre. Je suis sûre qu’il y en a une parmi celles que tu m'as déjà prise qui conviendrait.

— Comme tu veux, mais avant je vérifie la table. »

 

Le majordome inspecta la pièce à la recherche du moindre défaut. Cela lui prit un moment pour penser à tout : couverts, assiettes, verres positionnés convenablement, la décoration florale était fraîche. Lorsqu’il fut satisfait, ils retournèrent à la chambre. La demi-elfe sortit les tenues et les mit sur son lit. Quelle robe prendre ? « Tu choisirais laquelle toi ? »

Date de dernière mise à jour : 2020-08-19

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