Chapitre 3 - Vers l'horizon

Chapitre 3 sorrento

Pendant que Sorrento surveillait Enliana dans leur petite chambre, Julian était en ligne avec le chef de la sécurité de sa résidence. Ce dernier l’informa que son équipe avait visionné les vidéos de surveillance et qu’aucune femme n’apparaissait sur celle-ci. Julian le remercia et raccrocha. Assis à son bureau il regarda droit devant lui. « Mais comment a-t-elle pu atterrir là ? » se demanda-t-il. Julian se leva pour rejoindre Sorrento. Peut-être qu’il avait pu en savoir plus si elle est réveillée. Ce dernier parcourait le couloir avec Enliana. Elle se demandait où se trouvait la sortie, c’était si grand. Non, ils ne devaient pas être sur un bateau, impossible. La demoiselle entra avec lui dans une immense salle. En fait non, cela ressemblait plus à une rue, il y avait des boutiques à droite et à gauche.

 

« Vous êtes un sacré menteur. Nous ne sommes pas sur un bateau ! Où m’avez-vous emmené ?!

— Mais si, nous sommes sur un bateau. Je te l’ai dis qu’il était énorme.

— Si ce que vous dites est vrai, je n’ose imaginer la puissance de son détenteur. Est-ce un roi ?

— Non, pas vraiment mais il vient d’une famille riche.

La demi-elfe doutait de ce jeune homme. Pas au sujet de la famille aisée car c’était possible, mais pour le bateau. Quel genre de navire abriterait une ville entière ? Il y avait même… Qu’est-ce donc ?

— Un casino.

— « Casino » ? C’est quoi un « casino » ?

— C’est une salle de jeux.

— Ah ? On peut jouer ?

— Euh, ce sont des jeux d’argent la plupart du temps.

— Des jeux d’argent ? Mais on ne joue pas avec l’argent. Comment ça marche ?

— Je préfère ne pas te l’expliquer pour le moment. Certains se ruinent avec ces jeux.

— Comment ça ?

— Eh bien, certains joueurs ne sont plus solvables (= personne en capacité de régler ses dépenses) à cause de ces jeux. Ils perdent tout leur argent là-dedans.

— Oh, c’est triste.

— Oui, plus encore lorsqu’ils sont accros à ces jeux.

— Mais s’ils n’ont plus d’argent, ils ne peuvent plus jouer, c’est bien ça ?

— Oui. La maison ne fait pas crédit sinon ils nous devront de l’argent et ce n’est pas leur rendre service.

Elle prit un air méprisant.

— J’ai l’impression que ces jeux sont là pour les détrousser.

— C’est un service comme un autre, expliqua nerveusement Sorrento.

— Vous y avez déjà joué vous ?

— Non, je ne préfère pas. Quand je vois dans quel état se mettent certains joueurs j’aime autant éviter. J’ai d’autres préoccupations.

— Comme quoi ?

— Je suis étudiant en musique.

Pour le coup elle fut agréablement surprise.

— Oh ? Et vous jouez de quel instrument ?

Il fut ravi d’avoir pu détourner la conversation qui devenait un peu gênante.

— De la flûte traversière. Oh ! voici Monsieur Solo.

Le jeune maître, habillé tout en blanc, arriva vers eux et les salua. Il demanda ensuite des explications à Enliana sur son intrusion dans sa résidence. La demi-elfe ne s’était même pas rendue compte qu’elle était chez Julian.

— Tu as oublié que tu avais atterri dans ma chambre ? interrogea Sorrento, un peu surpris.

— Oh si je me rappelle. J’ignorais que j’étais chez vous Monsieur Solo. Mais vos gardes ne sont en rien responsables. Je suis désolée mais c’est Kanon qui m’a envoyé chez vous.

— Kanon ?! Il est encore en vie ?!

Vu l'air que Julian afficha d'un coup elle recula d'un pas.

— Il l’était avant mon départ.

Julian ignorait si la demoiselle connaissait le passé du Gémeaux. Était-elle une de ses alliés ? Il prit Sorrento à part et lui confia ses craintes. Pouvait-il lui faire confiance ? Le mieux serait de la connaître petit à petit mais le plus vite possible. Sur son navire, elle ne pourra pas s’échapper. Seulement avec ses sens développés la demi-elfe avait tout entendu. Toutefois elle fit comme si de rien était. Le jeune homme se calma et ils revirent vers elle.

— Soit. Excuse-moi Enliana. Tu es la bienvenue sur mon navire.

— Merci… On est vraiment sur un bateau ? (Sorrento plaqua sa main sur son visage. Elle ne le croyait toujours pas. Julian acquiesça doucement.) Mais comment une ville peut-elle tenir sur un bateau ? C’est inimaginable !

— Découvre-le par toi-même, répondit Julian. Sorrento, emmène-la sur le pont.

— Oui je suppose que si elle voit l’océan elle me croira enfin. Viens avec moi.

— Vous n'allez pas me jeter par-dessus bord j’espère ? Parce que je vous entraînerai dans ma chute !

— Pourquoi ferais-je une chose pareille ?!

—Je n’ai pas confiance aux inconnus. »

 

Sorrento leva les yeux au ciel. « Eh bien ça promet » se disait-il. Eux aussi pouvaient douter d’elle. Ils montèrent un escalier, ce qui étonna la demi-elfe. Quand allaient-ils sortir de ce bâtiment ? Elle avait l’impression d’étouffer là-dedans. Le jeune homme ouvrit une porte et le vent s’engouffra légèrement. Un petit bol d’air lui faisait du bien. Ils firent quelques pas sur le pont et il lui montra l’horizon d’un geste large. Enliana admira le panorama de façon stupéfaite alors que les autres passagers vivaient leur vie paisiblement. Puis elle fut prise d'un léger vertige, elle regarda ensuite Sorrento et le fixa quelques secondes.

 

« Si le bateau coule ? demanda-t-elle d’une faible voix.

— Pardon ? Je ne t’ai pas compris.

— Si le bateau coule ?! Ces gens vont tous mourir et nous aussi !

— Calme-toi, il est inspecté régulièrement. Tu ne risques rien ici.

— Vous êtes sûr ? insista-t-elle alors qu’elle avait les jambes en coton.

— Oui, tu n’as pas à t’inquiéter. Viens, je vais te montrer mon instrument.

— Je ne retourne pas dans ce cercueil marin ! Je ne veux pas de retour en Enfer ! De toute façon ils sont trop occupés avec des types en or pour m’accueillir.

Sorrento écarquilla les yeux. « Les chevaliers d’or sont donc en Enfer, pas seulement Kanon. En effet ça doit batailler là-bas. Pourvu qu’ils s’en sortent ».

— Allons, ne fais pas l’enfant. Tu y étais il y a quelques minutes.

— C’était avant de savoir qu’on était sur l’eau !

— Mais il y a des barques au cas où le bateau coulerait.

— Je croyais qu’il ne coulerait pas ? Vous-même vous ne savez pas ce que vous dites.

Sorrento se retint de la jeter par-dessus bord. « Mais c’est pas possible » se disait-il. Et Julian qui était parti s’occuper de ses invités ; lui ne voyait pas la bêtise de cette fille !

— Nous avons des canots de sauvetage dans le cas où ça arriverait. Mais ça ne veut pas dire que ça arrivera puisque le bateau est contrôlé. Nous devons respecter des normes de sécurité, c’est la réglementation qui nous l’impose.

Enliana ne prêtait plus vraiment attention à lui, elle fixa le ciel ; le soleil plus précisément. Il avait une drôle d’allure.

— Une éclipse se prépare apparemment, affirma-t-elle.

— Oui, ce qui est étrange c’est qu’elle n’était pas annoncée.

« Cette éclipse a peut-être un rapport avec la bataille aux enfers » pensa-t-il.

— Où est-ce qu’on va ?

— Un peu partout. Monsieur Solo a décidé de faire le tour du monde.

— Oh c’est bien ça. J’aime beaucoup voyager. Mais ça ne vous dérange pas que je sois ici ? J’ai l’impression d’être clandestine.

— C’est Monsieur Solo qui t’invite donc aucun souci. Viens, je vais te montrer ma flûte. J’ai remarqué que tu avais un ocarina. Tu me feras une démonstration ?

— Oh oui, bien sûr. »

 

Sorrento l’emmena à nouveau dans leur chambre. La jeune femme s’assit sur son lit et le regarda sortir sa longue flûte traversière de l’armoire. Il lui joua un air apaisant, si apaisant qu’elle faillit s’endormir. Voyant qu’elle avait les yeux fermés il baissa sa flûte. « Ne vous arrêtez pas, je vous écoute » lui fit-elle. Après qu’il eut joué son morceau, Enliana sortit son ocarina de son sac et joua aussi un air. Le bois permettait d’émettre un son à la fois chaleureux et envoûtant. Le jeune homme resta silencieux et attentif. C’était différent mais cela lui avait beaucoup plu.

 

« J’ai vu que tu pinçais tes lèvres sur ton ocarina. C’est pour donner de la pression à ton souffle ?

— Non, c’est pour salir le moins possible l’instrument. La salive ne doit pas trop couler dessus.

— Mais tu utilises ta langue pour donner de la pression.

— Oui mais je ne la claque pas contre l’instrument. Je le fais sur mon palais, expliqua-t-elle tristement.

— Ah je vois. Qu’est-ce qu’il y a ?

— Je n’ai même pas pensé à jouer un air à Queen. Ça lui aurait peut-être plu.

— Qui est Queen ?

— C’est un des spectres d’Hadès.

— Et tu veux jouer un air à un spectre ? Je ne te comprends pas.

— Vous ne pouvez pas. Vous n’étiez pas là et vous ne savez pas ce que Queen a fait pour moi.

— Et qu’a-t-il fait pour toi ? Il t’a rendu service ?

— Oui, enfin je crois.

— Mais encore ?

— Parmi les spectres c’est lui qui a été le plus honnête avec moi.

— C’est tout ? Rien d’extraordinaire. Quoi que venant d’un spectre, c’est surprenant quand même.

Enliana le dévisagea. Elle n’apprécia pas du tout ses remarques et Sorrento le comprit assez vite. Si Queen ne l’avait pas amené à Kanon, elle serait déjà morte.

— Je ne dirais pas de mal de Queen, ne t’inquiète pas.

Elle préféra changer de conversation afin d'éviter ce genre de désagrément.

— Qu’est-ce que je vais faire ici ? Chez Minos je changeais les draps avec les autres servantes.

— C’est qui Minos ? Ton amoureux spectre ?

Elle le dévisagea à nouveau mais plus intensément.

— Euh, il faut voir avec Monsieur Solo.

— Pourquoi l’appelez-vous ainsi ? C’est votre supérieur ?

— Oui, je suis son domestique. Viens, on va voir si tu peux te rendre utile. »

 

Enliana approuva et suivit Sorrento sans rien dire. Tout le long du chemin elle resta muette. Rune aurait apprécié son mutisme soudain ; lui qui réclamait le silence. Sorrento eut quelques difficultés pour retrouver son supérieur. Pendant qu’elle vagabondait en suivant le jeune homme, Enliana ressassait quelques sombres souvenirs. Sa santé s’améliorait peu à peu mais elle ressentit une certaine amertume. Peut-être que cette sensation n’était que passagère. Il fallait laisser faire le temps.

Date de dernière mise à jour : 2020-08-19

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