Témoignage cancer du rein

Vous qui êtes déjà sur la page, le détail est donc bien évidemment sous la vidéo.

 

Cet article risque d'être assez long alors si vous n'êtes pas un gros lecteur, il pourrait vous ennuyer. Pourtant il traitera d'un sujet important alors si vous continuez votre lecture, je vous prierai d'être attentif. Pour vous parler de ce cancer, je dois d'abord vous raconter une partie de ma vie afin que vous compreniez comment le vicieux s'est discrètement déclaré. Aussi, j'ignore si je peux me permettre de citer certains noms alors par précaution je les tairai. Le but de ce témoignage n'est pas de discréditer les gens bien que j'aimerais que la personne concernée le lise et ne fasse plus la même erreur. Il a pour but d'informer les gens. Un témoignage de plus ne fait pas de mal.

 

Sommaire

À Notre-Dame de Grâce Maubeuge en BTS AG

Au lycée Pierre Forest Maubeuge, à la reprographie

Changement de médecin

Le CHRU de Lille

Arrêt d'une date d'opération

L'hospitalisation

Deuxième hospitalisation, infection

Troisième hospitalisation, grosse fièvre

Retour à la maison

Quatrième hospitalisation, fuite par la cicatrice

Cinquième hospitalisation, ponction et opération

Sixième hospitalisation, dépose de sondes

En conclusion

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À Notre-Dame de Grâce Maubeuge en BTS assistante de gestion

Cela a commencé lors de ma deuxième année de BTS (2013/2014). Mon objectif était d'obtenir mon examen suite à un échec pesant (cf Biographie). J'étais souvent fatiguée du matin au soir. J'avais des petits yeux, j'arrivais à peine à lever les paupières. J'affichais toujours un air triste. Cela n'était pas facile à voir pour mes camarades parce que c'était déprimant mais cela l'était encore moins pour moi. Je me disais que j'étais fatiguée parce que je travaillais souvent sur mes dossiers ou sur mon roman. Je me disais aussi que peut-être qu'une fois le diplôme obtenu, je pourrais enfin dormir sur mes deux oreilles et retrouver l'énergie perdue. Mais cela était vain. L'année terminée, j'étais toujours aussi fatiguée. Clothilde, l'assistante de gestion du service NSC à Areva, me disait que je pouvais maintenant décompresser, me détendre. Elle me disait que je pouvais être fière. Je me souviens lui avoir dit que j'étais contente d'avoir réussi mon examen ; et elle m'a répondu que cela ne se voyait pas. Un collègue cherchait même à me faire peur. Voyant qu'il n'y arrivait pas je lui ai demandé pourquoi il faisait cela. Et il m'a répondu "parce que tu es impassible". Une autre collègue a confirmé ses dires parce qu'elle l'avait remarqué aussi. On ne voyait aucune expression sur mon visage. Même les scènes choquantes qui s'affichaient à l'improviste sur certaines vidéos ne me procurait aucun effet. Je ressentais quelque chose au fond de moi mais je ne sursautais pas. Étais-je devenue insensible à ce point ? Je devenais également de plus en plus irritable.

J'aurais pourtant voulu exprimer ma joie pour ma réussite mais je n'y arrivais tout simplement pas. J'étais toujours aussi fatiguée. Cette fatigue était mon quotidien depuis un certain temps et elle semblait ne pas vouloir me quitter. Ensuite cela a été la période de chômage, un mélange de fatigue et de dépression. Après deux ans d'inactivité, je vous prie de croire qu'en effet nous déprimons. Je ressentais aussi quelques douleurs, comme un coup de poignard sur mon côté gauche. La douleur était très vive mais ne durait que quelques secondes. Pourtant lorsqu'on la ressent, on croirait qu'elle dure une éternité. C'est une douleur qui vous plie en deux. J'appliquais ma main sur la "blessure" comme si j'avais été réellement transpercée, mais ce n'était qu'un réflexe. Lorsque c'est fini, vous vous redressez doucement en haletant en vous demandant ce qui vous est arrivé. Mais c'est une douleur que l'on oublie bien vite. J'avais eu plusieurs coups comme cela sans vraiment m'en souvenir par la suite. Il faut dire que je ne la ressentais pas aussi souvent que la fatigue ; à peu près une fois tous les 4 à 6 mois.

 

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Au lycée Pierre Forest Maubeuge, à la reprographie

Lorsque j'allais chez le médecin, je lui parlais de cette fatigue mais pas des coups de poignard qui s'étaient extirpés de ma mémoire. Mais en septembre 2016 juste après avoir refermé le guichet, j'en ai senti un nouveau. Je me souviens m'être appuyée sur la photocopieuse pour éviter une éventuelle chute. Ce coup de poignard, j'avais décidé de bien le garder en tête car je savais que ce n'était pas le premier. J'en venais même à aller me coucher en revenant du travail, à 13h30 j'étais au lit. Etait-ce normal ?? Non, bien sûr que non. Je suis retournée voir mon médecin et je ne me souviens plus vraiment ce qu'il avait fait. Une ordonnance ? Oui mais pour quoi ? Et encore, la dernière fois que je suis allée le voir, je ne sais même plus s'il m'avait fait une ordonnance. Ma mère me disait que je lui avais déjà parlé de ces douleurs dans le ventre mais il n'avait jamais rien fait. Je pense qu'elle disait vrai car elle a une mémoire d'éléphant contrairement à moi. Et je me souviens lui avoir dit avant ma dernière visite chez lui "c'est la dernière chance que je lui donne de me soigner correctement. Si je ne suis pas satisfaite de la consultation, je change de médecin". Il faut croire que cela a été le cas car j'ai changé de médecin. Il ne m'avait prescrit aucun examen, pas même une prise de sang ou une analyse d'urine, rien du tout. Par contre je me souviens qu'il nous avait dit en sortant qu'on était une famille de fatigués. Comment devions-nous le prendre ? Était-il en train de dire que nous étions des fainéants ? Ou alors au contraire, comme on travaille on se fatigue beaucoup ? Nous n'avions su quoi penser. Que la fatigue soit difficile à jauger, je peux le comprendre. Mais si on est au lit tous les jours à 13h00 avec la tête comme une enclume ou quand on se lève et qu'on est aussi fatigué que la veille, il y a de quoi se poser des questions.

 

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Changement de médecin

Je suis donc allée voir le docteur Andréoni et lui ai expliqué mes symptômes : coups de poignard sur le côté gauche, fatigue anormale, on me trouvait souvent pâle aussi, par contre je n'avais pas de fièvre. Il m'avait prescrit des examens : prise de sang, échographie, peut-être une analyse d'urine, je ne me souviens plus. (Cela remonte à plusieurs mois maintenant, ma mémoire n'est plus très bonne malgré mes notes). J'ai fait les examens accompagnée par cette fatigue incessante. Lorsque je suis retournée chez mon généraliste, il a écrit un courrier pour que je vois un chirurgien à l'hôpital du Val de Sambre à Maubeuge. J'avais une masse tumorale au rein gauche (environ 1,9 x 2,5 cm). Je suis donc allée voir ce chirurgien. Il voulait un autre cliché alors j'ai passé un uroscanner. Ma mère avait un mauvais pressentiment. Elle trouvait ce chirurgien trop hésitant.  Et qu'est-ce qui justifiait autant d'hésitation ? Parce que je n'avais que 27 ans. Quand j'ai ramené le scanner, il voulait le montrer à ses collègues radiologues. J'ai fait preuve de patience, on a attendu une quinzaine de jours avant d'avoir une autre consultation. Par deux fois nous avons eu l'impression de payer une consultation (de 48€) pour rien, nous n'avions pas avancer. Il voulait m'envoyer chez ses collègues belges à Mons pour me faire une opération par coelioscopie. Il me parlait d'un robot très précis avec lequel ils avaient de bons résultats. Mais il m'avait dit aussi que s'il y avait encore des tissus malades, il faudrait réopérer. Tout cela avait l'air intéressant et malaisant à la fois mais quand je suis rentrée chez moi, on s'est demandé : comment payer cette opération ? Puis j'ai eu ce chirurgien au téléphone un autre jour. Je me souviens lui avoir parlé de cette fatigue qui me gâchait la vie. Il m'avait répondu qu'à ce stade, je ne devais pas ressentir de fatigue. Je lui ai dit qu'un cas n'était pas l'autre mais il s'obstinait à me dire le contraire. Je sais ce que je ressens tout de même !!  J'ai tenté de garder mon sang froid au téléphone car la moutarde me montait au nez. Plus tard j'ai fait savoir que finalement je n'irai pas à Mons mais à Lille. J'ai envoyé un message au médecin de Mons pour lui expliquer la situation. Financièrement cela n'aurait pas été possible. Je m'étais renseignée auprès de ma mutuelle. On m'a bien dit que même avec la carte européenne, rien ne serait pris en charge ni par la mutuelle ni par la sécurité sociale. On se demande à quoi elle sert cette fameuse carte. Il m'avait répondu à ce moment-là qu'il ne me ferait pas payer les honoraires de consultation. Je vous avoue que j'ai été très étonnée de cette réaction. Les belges paieraient des honoraires et pas moi ? Il n'en était pas question ! J'aurais eu mauvaise conscience. J'étais une étrangère pour eux et j'aurais compris si les autres patients belges n'avaient pas été contents de cet arrangement. De plus, je ne suis pas du genre à négocier les prix comme certains le font sur les brocantes. Aussi je suis française alors je voulais être soignée en France. Normal non ?  Ma décision était prise. Entre-temps, je suis retournée voir mon médecin, je lui ai posé la question sur cette fatigue et rebelote : pas censée ressentir de fatigue. Étais-je devenue folle ? Vraiment, la folie était-elle en train de s'emparer de moi à mon insu ?? Je me suis vraiment posée ces questions. Nous étions fin décembre 2016 et je commençais réellement à perdre patience. J'ai donc récupéré mon dossier et prévenu le chirurgien de Mons que je ne ferai pas opérée chez lui.

 

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Le CHRU de Lille

J'ai fini par envoyer un mail au CHRU de Lille. J'étais tellement blasée par cette situation que je me fichais de savoir qui allait prendre mon dossier. Peu importe son nom du moment qu'il faisait quelque chose. La seule chose que je voulais, c'était qu'on m'enlève cette saleté du corps. Je voulais me faire opérer et on m'avait déjà fait perdre tellement de temps. C'est le Docteur Helfrich Olivier, un chirurgien du service d'Urologie, qui a pris mon dossier. Je lui ai envoyé mon dossier par courrier. Nous avons eu beaucoup mal à fixer le rendez-vous parce qu'il y avait des jours où il opérait et les horaires qu'il me donnait ne me convenaient pas (problème de planning). Il m'avait donné un horaire qui me satisfaisait mais il n'était pas certain d'être présent car c'était le jour où justement il opérait. J'ai donc pris l'horaire et je suis allée le voir. Évidemment il n'était pas là mais au bloc opératoire. Il avait envoyé un message mais je ne l'avais pas eu. C'était donc un de ses internes, M. Houssin Vianney, qui nous avait reçu ce jour-là. J'étais avec mes parents car je n'aurais jamais su venir seule à Lille et de toute façon ils tenaient à être présents. Les premières questions qu'il m'a posées étaient : avez-vous mal ? êtes-vous fatiguée ?

"Êtes-vous fatiguée ?" Vous êtes sérieux ?? J'ai halluciné lorsqu'il m'a posé cette question. Il y a eu comme un air d'Alleluia qui a résonné dans ma tête. Vraiment je ne plaisante pas. Je n'avais même pas eu à lui dire. Finalement je n'étais peut-être pas si folle. Ma seule question après l'entretien était : combien de temps cela allait durer ? J'étais fatiguée par cette situation et je n'en pouvais plus. Il m'a répondu qu'ils allaient faire le plus vite possible. J'ai donc décidé de faire à nouveau preuve de patience car ce n'était pas à eux de payer les pots cassés, n'est-ce pas ? De plus, il a été très sympathique et il était sûr de lui quand il nous parlait. Pas l'ombre d'une hésitation et c'était plutôt rassurant. En effet, ils savent de quoi ils parlent au CHRU de Lille, ils ont l'habitude de ce genre d'opération. Je me souviens que le Docteur Helfrich m'avait envoyé un mail pour s'excuser de son absence. Mais je ne lui en voulais pas du tout, il n'était même pas tenu de s'excuser puisqu'il m'avait averti qu'il ne pourrait peut-être pas me recevoir. C'est un chirurgien, je comprends que les opérations soient parfois compliquées. Quelqu'un nous avait reçu quand même alors de mon point de vue, tout allait bien. J’ai dû faire une biopsie. J’y suis allée tranquillement. La seule chose c’était que j’étais à jeun et fatiguée. Sinon je n’étais pas plus stressée que cela. On m’a fait une anesthésie locale. Les piqûres, cela vous fait comme chez le dentiste quand il vous endort la dent. Toutefois je me souviens avoir fait un malaise vagal. Dans la posture où j’étais, j’avais fini par attraper très chaud alors j’ai commencé à m'agiter. On a dû me lever les jambes et m’éventer pendant environ 5 minutes. Il m'ont fait deux prélèvements au lieu de trois parce que je saignais déjà.

 

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Arrêt d'une date d'opération

Après les résultats de la biopsie, j’ai eu un autre rendez-vous avec le docteur Helfrich. Cette fois il avait pu me recevoir. Il m’avait expliqué les possibilités d’opération : soit par coelioscopie, soit par opération ouverte. Je voulais savoir avec quelle opération les chirurgiens étaient le plus à l'aise pour travailler. Il m'a répondu l'opération ouverte parce qu'ils pouvaient palper et voir s'il y avait encore des tissus malades. J’ai donc choisi l'opération ouverte et nous avons arrêté une date d’entrée à l’hôpital : le 29 mars et je me faisais opérer le 30. Du coup au lycée, nous avions mis un message à la reprographie afin d’avertir les professeurs qu’il allait y avoir un changement d’organisation, notamment le matin. Je ne pourrais plus faire le guichet de 7h30 à 8h05 puisque j'étais absente à partir du 29 mars. L'un d'eux avait l’air tellement désolé quand je lui ai annoncé la nouvelle. Il m’a fait tellement mal au cœur. Je lui avais dit qu’il ne devait pas s’en faire, que les médecins allaient s’occuper de moi, que tout irait bien. "Souriez, il fait beau" lui avais-je dit en m'efforçant de sourire à ce moment-là. Je ne voulais rien dire au départ parce que je ne voulais pas que les enseignants s’inquiètent pour moi. J’étais peut-être la première personne qu’il voyait au lycée alors je m’efforçais de sourire pour qu’il démarre bien la journée. Mais malgré mes efforts, certains avaient vu que j’étais fatiguée. On ne peut pas tout cacher.

 

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L'hospitalisation

Le 29 mars 2017, je suis rentrée à l’hôpital sans crainte. J'étais même impatiente d'être opérée pour être enfin tranquille. On m’a emmenée au bloc le 30 mars à 10h10. Le personnel médical a fait ce qu’il avait à faire. Il m'a posé des questions pour vérifier que j'étais bien la bonne patiente. On m'a piqué à la main pour mettre les cathéters. Sauf qu’apparemment j’ai la peau dure. Ils n’avaient pas su me piquer la première fois. "Désolée madame mais vous avez la peau dure". Je lui ai répondu un petit "c'est pas grave", des p'tits mots qui se sont faufilés entre mes dents serrées. Ce n'était pas grave, je subissais sans pleurer. J’avais le masque sur le visage et au bout d’un moment j’ai vu trouble puis je me suis endormie.

Je me suis réveillée avec une poire à la main, c’était de la morphine. Je devais appuyer sur le bouton si j’avais mal. L’opération s’était bien déroulée. Les chirurgiens ont pu refermer le rein comme ils voulaient le faire dès le départ. Pas besoin de m'enlever le rein complet. C'était donc une réussite. La première journée s'était bien passée. Mais au bout d’un certain temps, j’ai eu des vomissements. Ils ont dû m’enlever la morphine parce que je ne la supportais pas. Toutefois j’avais encore quelques nausées. Et j’ai commencé à avoir mal, cela se réveillait. J’avais été embêtée pendant deux jours, j’avais très mal à cause du drain. C’était le tuyau qui me titillait et qui me faisait si mal. Mais tant que le drain donnait encore, ils ne pouvaient pas me l’enlever. Le dimanche matin, quand j’ai vu qu’il donnait encore, je me suis dis que c’était fichu, "ils ne me l’enlèveront pas encore aujourd’hui" me suis-je dit. Et les infirmiers ne pouvaient plus rien faire pour calmer la douleur, il m’avait déjà donné le traitement le plus puissant qu’ils avaient, si on ne comptait plus la morphine. C'était une douleur pas si forte (4 ou 5/10) mais elle faisait mal en continu. C'était vraiment gênant, je n'avais pas su dormir la nuit. Alors ce jour-là j’ai dit au médecin qu’il n'allait pas vouloir m'enlever le drain. Il m’a demandé pourquoi ? Du coup je lui ai expliqué. Il a demandé à l’infirmière de faire un prélèvement au drain et de faire une analyse. Si c’était de la lymphe on pouvait l’enlever. Toute la matinée je me suis dit « pourvu que ce soit de la lymphe ». C’était de la lymphe alors ils m’ont enlevé le drain. Quel soulagement cela a été. Il est vrai que je me suis sentie mieux depuis qu’ils m’en ont libéré. Le lendemain, le 3 avril, j’ai pu rentrer chez moi. Sur le chemin du retour, je regardais le ciel bleu et les arbres qui défilaient devant moi. Puis au bout d'un moment je me suis faite une remarque. La fatigue constante ? Où était-elle passée ? Je ne la ressentais plus. Elle n'était plus là, vraiment plus là. Je me souviens avoir souri ce jour-là. C'était un réel bonheur de pouvoir enfin ouvrir les yeux sans la moindre contrainte, sans avoir l'impression d'avoir un poids sur les paupières. Et on osait encore me dire que je n'étais pas censée ressentir de fatigue ?? Laissez-moi rire ! Elle avait bien un lien avec cette tumeur.

 

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Deuxième hospitalisation, infection

J’ai dormi pendant un moment dans le fauteuil parce que je n’étais pas certaine de savoir me relever toute seule à la maison. Je ne voulais pas dépendre des autres. Mais j’ai fini par trouver une parade. J’avais un meuble encore emballé juste à côté de mon lit, je m’en suis servi comme point d’appui. Je me lavais comme je pouvais. Je n'osais pas prendre un bain ou une douche à cause de mon pansement. Alors je me lavais au lavabo, comme à l'hôpital et on m'aidait à me laver les cheveux au-dessus de la baignoire. Pourtant cela m'aurait fait du bien de me rafraîchir et de me raser. Je devais changer mon pansement tous les deux jours et avoir des piqûres pour les phlébites tous les jours. Autant vous dire qu’à la fin du traitement (21 jours), vos cuisses ressemblent à des ailes de coccinelle. Je pensais que le plus dur était derrière moi. J'ai pu passer la première épreuve pour mon livre (cf Les étapes de la publication pour plus d'infos). J'ai su la finir à temps pour tout renvoyer à la maison d'édition. Tout semblait aller bien.

Seulement le 13 avril, j’ai dû retourner aux urgences à Lille parce que j’avais attrapé une grosse infection. J’avais un peu de fièvre et des douleurs dans le dos. En fait, le chirurgien avait tellement dû creuser dans mon rein qu’il avait fini par ouvrir un calice. C'était un des risques du fait de la taille et de la forme de la tumeur. Maudite tumeur ! Du coup, j’avais une fuite d’urine au niveau du rein et de l’urine tout autour. Un interne du docteur Helfrich, M. Vamous Nicolas si je me souviens bien, m'a expliqué comment allait se dérouler l'opération. (Je me souviens encore bien d'autres visages mais je n'ai pas les noms malheureusement). Mais malgré ses explications, je me disais "j'espère qu'ils n'auront pas besoin d'ouvrir à nouveau". Et je me l'étais tellement dis que lorsqu'ils sont venus me chercher, j'ai senti l'angoisse monter en moi petit à petit. Sur la table d'opération, je me souviens avoir pleuré pendant qu'on m'endormait. C'était la première fois que j'avais eu si peur à l'hôpital. Oui je me suis fait peur toute seule, c'est ma faute je le reconnais. J’ai été opérée vers 20h30 ce jour-là. On m’a mis une sonde interne et des sondes externes (une urétérale et une vésicale) pour que les urines repassent par les voies naturelles. C'était une complication classique, le problème c'est qu'elle s'était passée à la maison. D'habitude elle se déclare plus tôt quand on est encore à l'hôpital. Seulement mon corps est un gros fainéant, il tourne au ralenti !  Quand je voyais l'état de mes jambes, j'avais honte, tellement honte. Je les cachais avec mon drap tellement elles étaient affreuses. C'est pour cela que j'étais souvent dans mon lit. Et mon reflet dans le miroir de la salle de bain me donnait grise mine. J'étais pâle comme une morte, je me sentais tellement moche. J'étais fatiguée parce que la nuit je ne savais pas dormir à cause du patient d'à côté qui ne cessait de râler ! Le peu qu'il dormait, il ronflait à réveiller un mort. Le pire c'est qu'il ennuyait tout le monde la nuit mais le jour il dormait paisiblement toujours en ronflant. Je l'entendais ronfler et si je n'avais pas de respect pour les autres, je l'aurais bien réveillé à mon tour ! J'évitais de penser à ma famille et surtout aux amis de la classe de chant lyrique. Ils me semblaient tellement loin. La dernière fois que je les ai vu, c'était au concert des profs de l'école de musique d'Hautmont du 25 mars, juste avant mon opération. C'était un très beau spectacle, on se serait cru dans un film. Le soir Grégory nous avait invité chez lui pour le repas du soir. C'était une très belle soirée. Mais ces souvenirs me faisaient mal, j'étais devenue si émotive alors qu'avant on me disait impassible. J'avais l'impression de ressortir les larmes que j'avais refoulées jusqu'à présent. Tout retombait. Lorsque je suis sortie de l’hôpital le 18 avril, on m’avait enlevé la sonde urétérale mais il me restait encore la sonde vésicale. J’avais encore une perfusion pour mon antibiotique, j’avais des piqûres de phlébite à faire. Je trouvais cela vraiment dégradant, je n’avais vraiment pas le moral. Je me souviens en avoir pleuré une fois à la maison tellement je me sentais mal.

 

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Troisième hospitalisation, grosse fièvre

Mais cela n’a pas duré longtemps parce que trois jours après ma sortie, le 21 avril, j’ai eu beaucoup de fièvre (39,5°C) et je grelottais affreusement. J’avais surveillé ma poche de jambe et j’ai constaté qu’elle ne se remplissait plus. J’avais eu le tour le matin mais la poche avait fini par se remplir. Je pensais qu’elle allait à nouveau se remplir mais cela n'a pas été le cas. Plus rien ne sortait et j’avais ma vessie pleine. J’ai dû retourner aux urgences, mais cette fois je suis allée à Maubeuge. On m’a mise une perfusion avec de l’eau pour inciter l’urine à sortir. J'aurais préféré qu'on m'enlève la sonde. Ma vessie me faisait très mal, j'avais un ventre énorme, j’en aurais pleuré. De plus je n'avais pas de sonnette pour appeler en cas de besoin. Une jeune femme est venue parce qu'elle m'a entendu gémir dans le couloir et a clampé la perfusion. On m’avait mis une couche, j’ignore pourquoi mais au bout d’un moment, je l’ai apprécié parce que cela avait fini par sortir mais cela avait coulé en dehors de la sonde. Or, le but était que cela revienne dans la sonde vésicale. Seulement elle était bouchée ! On me l’a ensuite enlevé. Elle était semble-t-il tout à l’entrée du vagin, elle aurait bougé. On m’a enlevé la couche et on m’a mis le bassin, cela n’arrêtait pas de couler. Cela a été un grand soulagement parce que j’avais vraiment l’impression que ma vessie allait éclater. Ensuite on m'en a remis une. On m’a fait une prise de sang, on m’a prélevé je ne sais combien de tubes de sang et on m’a fait une analyse d’urine. Il y avait des leucocytes (globules blancs). On m’a par la suite envoyée dans une chambre en médecine interne. Cela a peut-être été la pire nuit de ma vie. Ma fièvre avait encore augmenté jusqu’à 39,8°C. Un moment je grelottais puis j’avais trop chaud et je grelottais encore. Cela a été pénible et c’était impossible pour moi de dormir.

Le matin j’ai passé un scanner et au final le médecin m'a dit que j’allais être transférée aux urgences de Lille parce que j’avais une collection d’urine autour du rein. Je me suis dit que ce n’était pas possible, cela recommençait. Les brancardiers sont arrivés à 14h30 pour m’emmener à Lille. J’avais au moins 5 perfusions branchées sur moi. Je suis arrivée là-bas à 15h40, on a fait mon entrée puis j’ai attendu dans un couloir sur un brancard avec d’autres patients. J’ignore combien de temps j’ai attendu. Puis au bout d’un moment, j’ai vu M. Houssin, un interne du Docteur Helfrich, qui m’a reconnu. Soit il venait me chercher, soit il passait par là par hasard et vu qu’il m’a reconnu, il a demandé qu’on m’emmène en zone B. Je ne suis pas certaine qu'il venait spécialement pour moi alors j'opterais pour la deuxième option. Il a regardé au scanner et m’a dit que j’avais un abcès. La bonne nouvelle c’était que mon rein était complètement cicatrisé. Ensuite on m’a emmené au service urologie. On m’a enlevé les perfusions inutiles et on a commencé le traitement antibiotique. On m’a fait des prises de sang (je ne compte même plus le nombre de fois que j’ai été piquée). La première nuit j’avais encore un peu de fièvre (38,4°C), et je n'arrivais pas à dormir parce que j'avais égaré mon dossier vert. Il avait été oublié sur le brancard des urgences Salengro et moi j'étais à l'hôpital Huriez. Il y avait quelques examens, les courriers des médecins, ma carte mutuelle et ma carte vitale. J'avais peur qu'on ne le retrouve pas. On me disait de ne pas m'en faire mais je suis de nature anxieuse. Difficile de me rassurer. Après cette nuit-là je n’ ai plus fait de fièvre. Environ deux jours plus tard, on m'a rendu mon dossier, quel soulagement. Le docteur Helfrich était passé me voir par moments, même quand je ne m’y attendais pas, pour m’expliquer l’évolution de mon état de santé. J’ai été opérée le 2 mai pour changer ma sonde interne car la première était sûrement colonisée par les germes. On m’a remis une sonde vésicale jusqu’au lendemain. Quelle bonheur cela a été lorsqu’on me l’a enlevé. J’avais la vulve irritée à cause de cette sonde. Je suis rentrée chez moi le 3 mai en espérant que cette fois-ci c’était la bonne.

 

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Retour à la maison

J'ai su tenir une semaine entière, puis deux, puis trois. Apparemment mon corps s'était enfin décidé à guérir. Mais j'avais encore mal dans le dos. Je me suis excusée auprès de l'infographiste des éditions Persée pour mon petit retard et lui ai expliqué que je sortais à nouveau de l'hôpital. Ce sont des gens très compréhensifs et m'ont souhaité un bon rétablissement. J'ai passé un uroscanner à la demande du docteur Helfrich pour contrôle. J'avais encore une collection dont la taille n'augmentait pas. Selon lui, elle devait se résorber au fur et à mesure du temps. Je n'avais pas de fièvre donc pas vraiment de quoi s'inquiéter. Tant mieux. Il ne faut pas non plus psychoter sans arrêt. Ce n'était pas une petite opération que j'avais subi. C'est moi qui l'avais choisi alors je devais assumer. Je sais que j'ai fait le bon choix parce qu'avec la coelioscopie, on n'était pas à l'abri d'une rechute. Il faut juste laisser le temps au corps de se remettre. De plus c'était sa première opération, le pauvre a dû se demander ce qu'il lui arrivait.

 

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Quatrième hospitalisation, fuite par la cicatrice

Depuis le début de ma sortie, j'avais une infection urinaire. Cela fait mal à cause des contractions répétitives. On me l'a traité avec du spasfon. Il a fallu beaucoup de temps mais elle avait fini par s'estomper. J'avais une espèce de petite poche au niveau de ma cicatrice. Je la vérifiais tous les jours et au début la poche était plate, la cicatrice était sèche et refermée. J'avais très mal au dos et à ma cicatrice et un jour elle était devenue dure quand je passais ma main dessus. Puis j'ai remarqué une rougeur tout autour et c'est là que  j'ai vu à quelle point elle avait grossi. Je n'avais pas fait attention à la taille jusqu'à ce moment-là. Alors j'ai envoyé un mail au docteur Helfrich avec la photo que vous voyez ci-dessous. J'avais peur. Le soir au repas je pleurais tellement j'étais en panique.

Cicatrice coralie fouriauJe suis allée me coucher le soir en imaginant un scalpel en train de sectionner la poche. Quelle peur je me fais parfois, mais cette histoire m'angoissait tellement. Pourtant j'ai fini par m'endormir. Et le lendemain je me suis réveillée avec une auréole mouillée au pyjama ; mon lit était trempé. La poche avait éclaté par nuit. Je suis descendue vers 5h00 du matin, mes parents étaient déjà levés car mon père travaillait du matin. Je leur ai montré ma cicatrice et ils me l'ont désinfectée et m'ont mis un pansement. Je suis restée en bas avec ma mère alors que mon père était parti. J'ai fini par prendre ma température par acquis de conscience et j'étais à 38,6°C. Ma mère a téléphoné aux urgences de Lille pour expliquer la situation. J'avais envoyé un mail au Docteur Helfrich pour le prévenir que j'arrivais (En gros : "bougez pas, j'arrive"). On était le 2 juin 2017, le jour de mon anniversaire, et les pompiers m'ont emmené aux urgences de Maubeuge, au plus proche. J'avais des nausées, j'ai attendu un peu dans une salle en attendant qu'on s'occupe de moi. Puis on est venu me chercher. Je n'avais apparemment déjà plus de fièvre. Le médecin a palpé mon ventre et a regardé ma cicatrice,  puis il a remis le pansement. C'était selon lui un urinome. Mais j'ai dû passer un scanner pour le confirmer. J'ai donc attendu dans une autre pièce avant de pouvoir faire mon scanner. Ensuite j'ai patienté dans un couloir accompagnée de plein d'autres patients arrivés en urgence. Ensuite, lorsque le médecin a reçu les résultats du scanner, il m'a fait transférer à Lille. Mais sur tout le temps que j'ai attendu à Maubeuge, ma plaie n'a pas cessé de couler. On n'a pas demandé que mon pansement soit refait. Peut-être qu'ils n'y ont pas songé car il est vrai que ce jour-là il y avait énormément d'entrées en urgence. Les aides-soignantes m'ont amené dans une pièce pour me sonder. Je leur ai demandé de bien vouloir refaire mon pansement. "Oh ils s'en occuperont à Lille" m'a-t-on répondu. J'ai fait le trajet sur un drap souillé avec une plaie qui coulait.

J'ai été bien contente quand je suis arrivée dans ma chambre à l'hôpital Huriez, cet endroit qui me semblait tellement familier. L'infirmère et les aides-soignantes se sont occupées de mon arrivée. Je leur ai dit pour mon pansement mais je devais attendre un peu pour que les médecins puissent voir de quoi il s'agissait. Je n'ai pas attendu aussi longtemps. Les médecins sont venus et m'ont examinée. Le médecin de garde m'a proposée de me faire opérer le lendemain ou du moins le plus tôt possible. C'était bien un urinome. Ensuite on m'a refait le pansement, mais j'avais si mal. Le lendemain (samedi 3 juin) vers 16h00, j'ai subi la première opération. Je me souviens que j'étais très effrayée. Les larmes sortaient d'elles-mêmes. L'anesthésiste m'a dit de fixer un point devant moi et d'imaginer un endroit qui me plaisait, d'imaginer les bruits, les odeurs. (Je lui avais dit que j'écrivais des histoires fantastiques). Il m'a demandé quel endroit j'avais choisi et je lui ai répondu "Fondcombe". C'est le premier lieu qui m'est venu à l'esprit. Pourquoi ce lieu alors que j'adore la Comté ? Sûrement pour la médecine elfique de l'univers de Tolkien. J'ai certainement dû faire le rapprochement entre les elfes du seigneur Elrond et les médecins de Lille (bien qu'eux ne soient pas des elfes). Ensuite je me suis doucement endormie, sans m'en rendre compte. On m'a remis une sonde urétérale et une sonde vésicale. Je suis retrounée dans ma chambre vers 18h30 et j'ai dormi pendant quelques temps. Par contre le soir après 22h00 je n'ai plus su dormir. Je ne trouvais pas le sommeil. On me donnait un somnifère pour m'aider à dormir. Le Docteur Helfrich souhaitait que je revienne en urgence justement mais je l'ai quelque peu devancé sur ce coup. Je devais bien revenir mais en communiquant par mail, car j'habite à 1h de Lille, c'est parfois compliqué. J'avais envoyé le mien entre 18h30 et 19h00. J'ignore, je doute même qu'il consulte ses mails à une heure aussi tardive.

On m'a surveillée pendant quelques jours (pris ma température, calmer les douleurs au besoin et changer mes pansements). J'avais vraiment très mal à ma cicatrice pendant la pose des pansements. On passait le coton avec une pince mais j'avais mal comme si on appuyait dessus. Imaginez lorsqu'on me mettait la mèche dans la plaie. J'avais tellement mal que j'en pleurais. Les aides-soignantes étaient navrées de me voir ainsi mais elles ne pouvaient pas être plus douces que cela. On m'a donné un antalgique pour la douleur. Le mercredi 7 juin, j'ai subi la seconde opération. On m'a remplacé la sonde urétérale par une sonde JJ (endoprothèse) et remis une sonde vésicale. Je devais la porter pendant 6 semaines au moins sans quoi la cicatrisation serait plus difficile. La vessie devait être continuellement vide pour que les urines ne remontent pas le temps de la cicatrisation. Le jeudi 8 juin, j'ai reçu mes derniers soins. On m'a changé mon pansement et j'ai remarqué que j'avais moins mal que la veille. J'avais encore un peu mal mais plus au point de pleurer. C'était déjà une bonne chose. Les mèches qu'on me mettait servaient à absorber le liquide et à permettre une cicatrisation de la plaie plus rapide. Je suis sortie de l'hôpital vers 11h00. Je n'avais plus si mal au dos, c'était un vrai soulagement. J'espère que cette fois la guérison sera au rendez-vous. On m'a expliqué que l'appareil urinaire était très complexe. Mon rein était cicatrisé mais l'infection urinaire que j'avais a fait remonter mes urines (probablement à cause des contractions). J'avais donc eu une fuite, ce qui explique l'urinome. Et l'ibuprofène que je prenais pour calmer mes douleurs au dos n'ont pas vraiment aidé. Évitez l'ibuprofène si vous êtes atteint du rein. Cela vous calme la douleur mais pendant ce temps vous n'avez plus de défenses immunitaires.

 

Je suis rentrée chez moi le 8 juin 2017. J'ai eu encore quelques douleurs au niveau du dos. Néanmoins elles se sont estompées au fil des jours. Je cicatrisais plus facilement grâce aux mèches qu'on me mettait tous les jours. Mon généraliste m'a prescrit des analyses d'urine et des prises de sang pour surveiller mon évolution. Je ne voulais pas d'une autre inflammation. Cela suffit les complications. J'ai un lit médical dans le salon car je devais rester en position demi-assise. Et mettre des oreillers sur le lit, ce n'était pas vraiment confortable ; dormir dans le fauteuil non plus. Aussi ce lit ne servait pas uniquement pour la nuit. Le jour je m'allonge dessus pour qu'on puisse faire mes soins. Je ne faisais pas de température et mes douleurs disparaissaient. C'était bon signe.

Aussi je suis nettement moins irritable qu'avant. Ma mère l'a remarqué. Mon irritabilité n'était sans doute pas directement liée à ce cancer. Cependant comme je ne me sentais pas bien, j'étais irritable voire exécrable par moments. Je vais mieux maintenant, je le sens. Et surtout, je ne suis plus fatiguée comme avant, c'est un réel soulagement ! Une fatigue pareille peut vous empêcher d'avancer dans vos projets parce qu'au lieu de travailler vous somnolez. Je ne fais plus de sieste l'après-midi. Tant mieux, je pourrais être plus productive. Non, je ne regrette pas du tout cette opération ouverte même si j'ai eu quelques complications.

 

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Cinquième hospitalisation, ponction et opération

Non je ne regrette rien. Je suis juste retournée aux urgences de Maubeuge le lundi 26 juin 2017, cinq jours après la sortie de mon roman. J'avais encore des douleurs dans le dos. Vers le soir, j'étais montée à 39,3°C de température. Ma mère m'a conduite aux urgences en rentrant des courses. Il y avait déjà un peu de monde. Je suis allée dans une salle où on m'a ausculté et posé des questions. On m'a fait des prises de sang et des prélèvements d'urines. J'avais, semble-t-il, une grosse infection urinaire. On a changé ma sonde avant que je fasse un scanner. J'ai passé une nuit là-bas et le lendemain on me transférait au CHRU de Lille.

Arrivée aux urgences de Lille, on m'a assez rapidement mise dans un bloc. On m'avait mis une pince au doigt pour surveiller mon rythme cardiaque. Mon coeur battait facilement à 125 pulsations par minute. Le peu que je bougeais, la machine bipait. On m'a fait un gaz de sang, c'est-à-dire une prise de sang mais pas au niveau de la veine mais au niveau de l'artère. C'est plus douloureux qu'une prise de sang classique. Mais cela dépend de votre résistance à la douleur. Personnellement j'ai eu un peu mal mais c'était supportable. Certains peuvent avoir peu de sensations tandis que d'autres peuvent se mettre à crier de douleurs. L'important est de ne pas bouger le bras à ce moment-là. Si cela peut vous aider, ne regardez pas l'aiguille (c'est ce que j'ai fait). Au vu du scanner, le médecin m'a informé que j'avais un abcès dans le dos. Il n'était pas situé dans le rein, c'était une bonne nouvelle. Il était plutôt entre la peau et le rein si je ne dis pas de bêtises. Il m'a aussi dit qu'on allait me ponctionner l'abcès en totalité pour être tranquille. Ensuite on m'a mise dans une chambre en soins intensifs. On a posé des électrodes sur mon corps. J'étais reliée au moins à cinq fils pour ma surveillance en plus de la pince au doigt. Il faisait chaud, je ne pouvais pas vraiment bouger de ma chambre. On m'aidait à aller au fauteuil au moins une fois par jour. Et il n'y avait pas de fenêtre. À ma gauche, j'avais une vitre avec des stores pour cacher la chambre qui était à côté de la mienne, à ma droite c'était le couloir. Tous les jours on m'aidait pour la toilette, on me changeait les électrodes. J'ai la peau très sensible alors j'avais l'impression qu'on me l'arrachait en même temps de me retirer ces électrodes.

Le 30 juin 2017, je suis allée dans une salle avec du matériel d'échographie. C'était le jour de ma ponction. Je redoutais un peu ce moment-là parce que c'était la première fois qu'on m'en faisait une. Je me doutais qu'il allait faire une anesthésie locale mais j'étais loin de m'imaginer la douleur qui m'attendait. J'ai dû me mettre sur le ventre. Le médecin et ses assistantes m'ont mis un papier bleu comme on voit souvent à la télévision. La piqûre de l'anesthésie m'a fait mal mais j'ai pensé que c'était dû à la douleur que j'avais déjà au dos. Déjà rien qu'en passant leur sonde j'avais mal. Je m'étais dit qu'une fois anesthésié tout irait mieux. Je me suis bien trompée. J'ai tout senti, absolument tout. L'aiguille qui s'enfonçait me faisait souffrir le martyr. Je n'avais pas beaucoup pleuré avant cela, mais là j'ai pleuré à chaudes larmes. Une des assistantes me tenait la main en signe de compassion. Je suis certaine que cela lui faisait mal de me voir autant souffrir. De plus, le médecin avait du mal à ponctionner l'abcès, le liquide était trop épais. Une autre médecin lui a conseillé de prendre une aiguille plus grosse. J'ai souffert ce jour-là. Au bout d'un moment, on a dû me gazer pour endormir mes muscles. C'était une étrange sensation. J'avais la tête tournée sur la droite, on m'a posé le masque. Je respirais le gaz en écoutant les indications de l'assistante. "Pensez à autre chose" m'a-t-elle dit parce que je gémissais encore. Alors j'ai fixé l'assistante, il y avait deux femmes. L'image s'est saccadée en deux parties. La dame de gauche était figée tandis que celle de droite bougeait encore. "Fermez les yeux" m'a-t-elle dit, alors je lui ai obéi. Au bout d'un moment je ne sentais plus rien. Ce sont d'abord vos jambes qui sont engourdies, ensuite je ne me souviens plus. J'avais les yeux fermés mais j'entendais tout : le bruit de l'appareil à gaz, les assistantes, le médecin, tout mais c'était noir. Je ne voyais que du noir et je ne sentais plus rien. C'était un gros soulagement pour moi. J'ai dû sentir lorsqu'ils ont arrêté parce que j'ai ouvert les yeux à ce moment-là. Je me suis remise sur le dos et je devais rester allongée pendant huit heures. J'avais demandé à l'assistante si le médecin avait su tout avoir de l'abcès. Elle m'a affirmé que oui. On m'a reconduite dans ma chambre aux soins intensifs. Mais quand les médecins sont passés me voir, ils m'ont dit que j'allais subir une intervention chirurgicale. L'assistante ne voulait sans doute pas que je m'affole, je ne lui en ai pas voulu. Je ne sais plus à quel moment, mais j'ai eu un autre gaz de sang (prise de sang dans l'artère). Le Docteur Helfrich m'a confirmé qu'il allait me faire une petite fente pour enlever l'abcès et bien nettoyer l'intérieur. On m'a transféré dans une chambre du service Urologie le lendemain.

Le 4 juillet j'ai passé un scanner et le 5 juillet c'était le jour de mon opération. J'avais encore des douleurs dans le dos. Avant de descendre au bloc, on m'a donné un xanax pour que je ne stresse pas trop. Le personnel devait savoir que je suis du genre anxieuse de nature. Je suis allée en salle d'attente assez tôt dans la matinée. Il devait être 8h ou 8h30. Il y avait déjà deux autres voire trois autres personnes qui passaient au bloc en même temps que moi. Heureusement qu'il y en a plusieurs. On m'a préparé pour l'intervention, injecté le produit pour m'endormir puis cela a été le noir à nouveau. Je crois que je me suis réveillée dans ma chambre d'hôpital. Je ne me souviens pas avoir fait le trajet de la salle de réveil jusqu'à la chambre. J'avais encore un peu mal dans le dos mais je me suis dit que c'était dû à l'intervention. C'était normal d'avoir quelques douleurs lorsqu'on vous a ouvert la peau. Par contre je devais rester allongée toute la journée. Je ne pouvais pas bouger de mon lit. Cela arrive souvent, je crois que c'est même systématique. J'avais une sorte de poche spéciale pour le drain. Ce n'est pas très agréable d'avoir du plastique dans le dos, surtout pour dormir. Bien que la première nuit n'a pas été si mauvaise. Quand il est passé me voir le lendemain, le médecin m'a dit qu'on allait mobiliser la lame et me la retirer avant de me faire sortir de l'hôpital. Oui d'accord, mais pour être franche je ne savais pas trop ce qu'on allait me faire. Je n'ai pas osé lui demander plus de détails, pourtant les médecins ne mordent pas. Bon j'avais quand même compris que la lame allait bouger, c'est essentiel si on veut la faire sortir. L'infirmière m'a dit qu'elle allait juste tirer un peu dessus pour la faire sortir petit à petit. Il valait mieux procéder de la sorte si on ne voulait pas créer un autre abcès. La lame sert de drain, le sang (ou le pus) s'écoule dans la poche. La première fois qu'on me l'a mobilisé, j'ai eu si mal que j'en ai pleuré. C'était la même douleur que j'avais eu lorsqu'on me mettait des mèches dans ma cicatrice lors de mon hospitalisation précédante. J'avais la chair à vif. J'ai eu du mal à me calmer après les soins. Je pleurais encore et encore. Le soir j'avais eu une petite montée de température (38,1°C). Le lendemain, j'ai eu droit à la même souffrance et aux mêmes larmes mais pas de fièvre. La troisième fois j'ai eu moins mal. C'était parce que la lame allait bientôt sortir. Le 10 juillet, on m'a enlevé la poche de drain et la lame est venue avec. Je n'ai presque rien senti. La plaie était encore un peu sensible mais ce n'était rien comparé à ce que j'avais subi. On m'a fait un examen urinaire et on a changé ma sonde externe. Je suis sortie le lendemain de l'hôpital avec un traitement antibiotique contre les levures. Le 21 juillet on m'enlève les sondes (JJ et externe). Pourvu que tout aille bien jusque là. Il reste peu de temps, ce serait dommage d'avoir une autre catastrophe.

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Sixième hospitalisation, dépose des sondes

Je suis entrée à l'hôpital le 20 juillet afin d'être opérée le lendemain. j'avais du sang dans les selles et les urines et cela m'inquiétait. Mais l'anesthésiste qui est venue me voir m'a affirmé que c'était dû aux sondes. J'avais aussi des douleurs dans le dos, juste en dessous de la fente qu'on m'avait faite pour nettoyer l'abcès. Le lendemain, on m'a emmené au bloc, je suis arrivée vers 8h10. On m'a endormie et je suis revenue dans ma chambre vers 10h00. J'ai eu un p'tit entretien avec le docteur Helfrich. Je me doutais bien c'était trop tôt pour les montagnes russes. Mais au moins si on me demande je pourrai dire "Ordre du médecin, je peux pas". Aussi je lui ai demandé de regarder au niveau de mon dos. Il l'a examiné et apparemment ma douleur était dû à l'intervention que j'avais eu précédemment. Il avait bien regardé pour voir s'il n'y avait plus de pus et pour ce faire, il avait descendu un peu pour vérifier. Tant que ce n'est que cela. Je suis repartie vers 15h, à 16h j'étais chez moi. Quel soulagement. J'avaisdéjà moins mal au dos car d'habitude les secousses dues à nos superbes routes vachement bien entretenues m'auraient fait mal au dos. Et là, je n'ai presque rien senti. Le fait d'avoir enlevé les sondes a peut-être eu son effet. Le soir j'arrive mieux à tenir dans mon lit. Les premières ne sont apparues que vers 6h30 du matin. Avant c'était toute la nuit. J'arrive mieux à bouger, je sors pour aller à Auchan alors qu'avant je n'osais pas à cause de ma sonde. On a été voir mon frère aussi, il semblait plus détendu. Il était content de ne plus me voir avec cette sonde."Ça y est, t'es enfin tranquille avec ça ?" Oh que oui et cela fait du bien. Ma mère dit que je prends plus d'assurance. Elle est ravie de me voir reprendre du poil de la bête. Ce matin je suis allée moi-même à la pharmacie pour la soulager un peu de la route. Je pense que cette fois, on est réellement sur la bonne voie. Je prends encore ma température, ce matin (22/07/2017) j'étais à 37,2°C. On va pouvoir passer nos vacances tranquillement, sans se soucier de mon état de santé. Cela a été dur mais on a fini par y arriver.

 

14/08/2017 - Retour des vacances

Même si j'avais une température qui approchait les 38°C, j'ai pu passer de bonnes vacances. Il faut dire que je ne suis pas habituée à la chaleur du sud alors au début c'est vrai que je me sentais toute chose. J'ai eu cette température sur le temps que je prenais mes antibiotiques mais une fois mon traitement terminé, elle variait entre 36,9°C et 37,1°C. Je suis rentrée de Royan et je n'ai plus mal. Cela me tiraille encore un peu au niveau de ma cicatrice, toutefois c'est largement supportable. Ce n'est vraiment plus rien. J'arrive à m'allonger convenablement dans mon lit. Je n'ai plus de courbatures, ni de réelles douleurs. Je me sens bien maintenant. Même la cicatrice de la lame ne me fait plus vraiment souffrir. Je peux à nouveau bouger comme avant, tout aussi vive qu'avant, comme si la tumeur n'avait jamais été là. C'est un vrai bonheur. :)

 

Quelqu'un sur ma page Facebook m'a dit que mon témoignage était un message d'espoir parce que cette personne (atteinte de la même tumeur) se voyait déjà dans "le couloir de la mort" à cause des recherches qu'elle avait faites sur Internet. Elle avait besoin de réponses d'une personne ayant déjà passé par là. Ce témoignage l'a réconforté et redonné un "coup de fouet". J'ai gardé contact avec elle pour avoir de ses nouvelles. Évidemment il est possible qu'elle n'ait pas autant de complications que j'ai eu car comme j'aime le dire : un cas n'est pas l'autre. Mon témoignage a rempli sa fonction, j'ai atteint mon but.

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En conclusion

Pour conclure je dirai : Écoutez votre corps. Si votre généraliste ne vous prend pas au sérieux, tapez du poing sur la table, cela le réveillera peut-être. Sinon vous faites comme moi, changez de médecin. C'est difficile de rattraper deux ans de négligence.

Ma mère m'a dit que je m'en étais bien sortie. Elle pensait que j'aurais pleuré bien plus que cela. Mais je ne peux pas pleurer tous les jours. À quoi cela servirait-il ? Il est vrai que j'aurais pu pleurer comme une madeleine mais cela n'a pas été le cas. On dit que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.

Aussi si vous avez des symptômes, ne vous fiez pas à ce qu’il y a d’écrit sur Internet, sur les forums santé. Ma mère avait vu beaucoup de gens aller sur des forums pour expliquer leur cas et on leur répondait qu’il fallait attendre. Mais attendre quoi ?? Qu'il soit trop tard ? C’est complètement insensé. Si vous attendez trop longtemps juste par crainte d’apprendre ce qui vous arrive, vous allez arriver à un point où les médecins ne pourront plus rien faire pour vous, un point de non-retour. Ce serait dommage, non ?

J’adresse mes remerciements au docteur Bruno Andréoni qui a pris les choses en main et à l’équipe d’Urologie du CHRU de Lille (chirurgiens, médecins, internes, anesthésistes, infirmiers, aide-soignantes et autres personnes que j'aurais peut-être oubliées j'en suis navrée) pour leur écoute, leurs conseils, leur gentillesse et leurs interventions chirurgicales qui se sont bien déroulées. Merci à eux car c’est grâce à eux que je dépasserai les 35 ans. Et je remercie aussi ma famille pour son soutien dans cette épreuve.

Les médecins ne sont pas des dieux. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour nous soigner. La médecine est un domaine complexe. Je sais qu'à Lille ils ont fait tout ce qui était possible pour soulager mes douleurs. Par contre quand il faut prendre sa retraite, il ne faut pas hésiter. ^^ Vous imaginez un chirurgien de 70 ans, scalpel à la main avec la maladie de Parkinson ? Sans vouloir vexer qui que ce soit, celui-là je l'éviterai volontiers. :)

Aussi c’est tout de même assez effrayant de se dire que votre vie a changé à cause d’une simple décision de votre part alors que vous ne possédez pas le savoir médical. Si je n'avais pas changé de généraliste, je serais toujours avec mon cancer actuellement.

Prenez soin de votre santé. D’abord la santé, ensuite le travail parce que vous ne pouvez pas travailler si vous n’êtes pas en bonne santé.

 

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Commentaires (6)

coralie-fouriau
  • 1. coralie-fouriau (site web) | 12 Juil 2017
Merci. C'est ma première expérience hospitalière et je ne risque pas de l'oublier. xD Mais bon, je me dis que c'est un mauvais moment à passer. Après je serai contente d'être enfin rétablie. :)
M.A. St-Pierre
  • 2. M.A. St-Pierre (site web) | 12 Juil 2017
My god. Je n'ose même pas imaginer la douleur. Cela doit être épouvantable. J'en ai des frissons.

Espérons que ce soit enfin terminé. Tu en as assez vécu là^^' Prends soin de toi et bonne convalescence!
coralie-fouriau
  • 3. coralie-fouriau (site web) | 11 Juil 2017
Eh bien sur le temps que tu écrivais ce commentaire, moi j'étais encore à l'hôpital. '^^
M.A. St-Pierre
  • 4. M.A. St-Pierre (site web) | 06 Juil 2017
J'imagine, oui, que ce devait être frustrant de toujours sentir cette douleur et de sentir que ça na va pas. C'est tout à fait compréhensible.Heureusement que c'est chose du passé maintenant. Je te souhaite que tout aille pour le mieux dans le futur :)
coralie-fouriau
  • 5. coralie-fouriau (site web) | 23 Juin 2017
Eh bien c'est surtout la fatigue qui m'a freiné. Le douleur (coup de poignard) ne durait que quelques secondes. Je me sentais frustrée aussi, en continu. Il y avait vraiment quelque chose qui n'allait pas. J'étais souvent en colère parce que je ne me sentais pas bien. Et oui j'ai tout de même avancé mon projet le plus que je pouvais parce que c'était ma seule échappatoire. Tant que j'écrivais, je pensais moins à la fatigue. Seulement elle était là quand même.
M.A. St-Pierre
  • 6. M.A. St-Pierre (site web) | 22 Juin 2017
My god. Dis donc, cela a duré quelques années tout de même et c'est très récent. C'est fou. Toutes ces complications en plus^^' Tu as bien fait d'écouter ton corps et de suivre ton intuition jusqu'au bout. Comment tu te portes aujourd'hui? J'espère que ta convalescence va bon train maintenant.

Un beau message que tu apportes avec ce témoignage et de bons conseils. Tu m'as appris beaucoup de choses aujourd'hui. Je ne savais pas, par exemple, que la fatigue pouvait être en lien avec ce type de cancer. Je présume aussi que l'irritabilité allait de pair avec la fatigue (on est toujours un peu irritable lorsque nous sommes fatigués et j'imagine pas lorsque c'est chronique comme cela l'a été dans ton cas).

Hé. J'y pense. Tu as réussi à écrire ton roman dans ces conditions? Même avec la fatigue et la douleur? C'est d'autant plus impressionnant!

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Date de dernière mise à jour : 21 Sept 2017