Chapitre 2 - La fille du baron

Chapitre2

En début d’après-midi, le carrosse de la famille Rosenberg s’arrêta dans la cour du château. Le cochet descendit pour ouvrir la petite porte du véhicule. Charles sortit du château avec quelques membres du personnel. Madame la Baronne sortit en premier, suivie par son mari puis sa fille. Charles fut ravi de les accueillir dans leur nouvelle demeure. Le roi Jules 111 arriva à cet instant pour leur souhaiter la bienvenue. Le souverain était très content de revoir la famille Rosenberg et tout particulièrement Anna. Ils jouaient ensemble lorsqu’ils étaient plus jeunes. Ils étaient très complices et Jules avait encouragé Anna à suivre sa vocation. Ils étaient un peu comme frère et sœur. Hui Buh était à l’étage et regardait la scène depuis une fenêtre. Il vit Jules faire une accolade amicale à la jeune fille. « Une demoiselle ? Peut-être sera-t-elle facile à effrayer. Mais qui est-elle donc ? Son visage m’est quelque peu familier » se disait-il. Jules demanda au châtelain d’accompagner la famille Rosenberg à leurs chambres respectives. C’étaient les seuls invités à dormir au château. Des serviteurs les suivirent avec les bagages de la famille. Les chambres étaient à l’étage ; celle des parents d’Anna se trouvait avant le long couloir en léger « S » du château. La chambre d’Anna était à l’autre bout de ce couloir. « Vous voilà arrivée dans votre chambre Mademoiselle Rosenberg, j’espère qu’elle vous conviendra » lui dit le vieil homme. Anna entra dans la pièce ronde. La chambre était grande. Elle avait un grand lit de deux personnes, une grande armoire en bois foncé et bien sculpté, un bureau ; une porte menait à sa propre salle d’eau et il y avait un espace vide avec juste un secrétaire et une chaise. Anna lorgna quelque peu sur le meuble encore poussiéreux. Elle regarda les tiroirs et s’imagina ranger ses partitions. Un sourire s’afficha alors sur son doux visage. Elle se tourna vers le châtelain et lui affirma que la chambre était parfaite. Cependant, elle avait besoin d’être nettoyée. Le vieil homme lui affirma que cela sera fait rapidement. Anna le remercia puis s’éclipsa de la chambre afin de se promener dans le château. Le châtelain sortit à son tour de la chambre et referma la porte. Hui Buh se positionna juste derrière lui et le vieil homme fut un peu surpris de sa présence lorsqu’il se retourna.

 

« Qui est cette jeune demoiselle Châtelain ? demanda le fantôme.

- Il s’agit de mademoiselle Anna Rosenberg. Elle est la fille du baron Walther Rosenberg et de sa femme Hannelie. C’est la cousine du roi.

- La cousine du roi ? Il avait l’air très content de se voir tout à l’heure. J’ai cru que c’était la comtesse de Petitchichi.

- Non pas du tout. Cela faisait un moment qu’ils ne s’étaient pas vus. D’après ce que j’ai compris, il y a une certaine complicité entre eux.

- Intéressant, fit Hui Buh en se grattant le menton.

- Oh, ne t’avise pas de l’embêter ! s’énerva le châtelain. Mademoiselle Anna est une très gentille fille. Laisse-la tranquille !

- Ne t’en fais pas. Ma principale cible, c’est le roi Jules. Si le roi s’enfuit, les autres suivront. Pas besoin d’effrayer ta mademoiselle Anna !

- Encore faut-il que tu y arrives Hui Buh. Permet-moi de te rappeler que tu ne fais pas plus peur qu’une citrouille d’halloween.

- Pas plus qu’une… Non mais tu vas voir ! J’ai plus d’un tour dans mon sac ! »

 

Le fantôme disparut à nouveau à travers le mur. Il marcha ensuite dans le couloir en pestant contre le personnel qu’il n’avait pas su épouvanter. Soudain un mannequin poussé par un jeune garçon aux cheveux courts et bruns le stoppa. Les deux personnes se sont fait peur mutuellement. Hui Buh s’empressa de disparaître derrière un mur. L’enfant, qui s’appelait Tommy, s’approcha et tâta le mur. Il fut agréablement surpris. « Wouah, ça personne ne voudra jamais le croire » fit-il. Puis il courut rejoindre sa mère, nommée Constanzia, qui se trouvait dans la cour. « Maman, maman ! Un fantôme ! J’ai vu un… J’ai vu un fantôme ! » Le jeune garçon bouscula par inadvertance un homme qui a son tour en fit chuter un autre d’une échelle. Ce dernier se retrouva dans le fond du puits. Constanzia s’en approcha et lui demanda s’il n’avait rien de cassé. Le malheureux pensait s’être fracturé une côte. Pour l’aider, elle voulut lui descendre le seau afin qu’il puisse remonter. Néanmoins, le seau était mal tenu par le crochet et celui-ci tomba dans le fond du puits, sur la tête du malheureux. La pauvre femme ne savait plus où se mettre. Pendant ce temps, Hui Buh s’était réfugié dans sa pièce, là où la mort l’avait trouvé. Il était furieux et se parlait à lui-même.

 

« Des squatteurs ! Dans mon propre château ! Enfer et damnation ! Et en plus je prends la fuite devant un p’tit morveux ! cria-t-il. Le fantôme ouvrit une grosse malle et commença à fouiller dedans. Il en sortit une ancre. Tout ça c’est la faute à Jules ! Il posa l’ancre puis replongea le nez dans sa malle. Nom d’un p’tit diable, il doit bien être quelque part ! C’est quoi ça ? Il balança une enclume de l’autre côté du coffre. Il tourbillonna dans les airs et plongea complètement dans sa malle. Vous allez voir ce que vous allez voir ! Je vous ferai trembler de peur ! À condition que je retrouve mon manuel de fantôme ! Il jeta du coffre divers objets en cuivre, un banjo, une épée, une grande harpe. Une harpe dans une malle ??Mais d’où sortent ces objets ?? Serait-ce la malle de Mary Poppins ? Mon manuel ! Mon manuel ! Où est mon manuel ?! Il jeta un canard en plastique. Et oui, après la harpe, un canard en plastique. Qu’est-ce que cela fiche ici ? Ah ! Le voilà ! Alors voyons ça ! fit-il en refermant le coffre et en s’asseyant dessus. Il regarda quelques pages. Le prêtre livide ? Hors-sujet. Le cochet qui louche d’un œil ? Non, non. Ah le voilà ! Le bourreau qui perd la tête. Oh un grand classique ça. Enduisez soigneusement de graisse la base de la tête, voir illustration quatorze. Ensuite, prenez un vieux couperet (ce que fit Hui Buh à cet instant) de préférence rouillé et mal aiguisé. Tiens, voyons voir si tu aimes les choses raffinées, roi Jules cent-vingt ou je ne sais plus combien. »

 

Le fantôme se prépara assez rapidement puis sortit prudemment de la salle. Il peina à fermer la porte car en réalité, il n’y voyait rien. Quelques instants plus tard, alors qu’Anna était en train de visiter le château, elle tomba sur une porte portant un écriteau étrange. « Château de Berkeck, entrée réservée aux fantômes diplômés. » Cette inscription l’intrigua fortement. Anna lisait parfois des livres d’épouvantes et la nuit elle n’arrivait pas à dormir. D’ailleurs, elle lisait tellement de choses qu’elle en perdait parfois la tête. Elle avait cessé de lire ces livres, comme Jules le lui avait conseillé un jour. Mais ses craintes étaient toujours présentes. Était-ce une farce ? Pour en avoir le cœur net, elle ouvrit doucement la porte. « Il y a quelqu’un ? » demanda-t-elle d’une voix tremblante. Elle entra prudemment et balaya la salle du regard. Les toiles d’araignées étaient dominantes ainsi que la poussière. Par terre, il y avait de très vieilles cartes de jeu. Une table avait été renversée. Est-ce qu’une partie de jeu de cartes aurait mal tournée ? Sur une malle, il y avait un livre avec une couverture marron. Anna lit le titre « Manuel pour fantôme débutant ». Que c’était bien étrange. Les fantômes ont-ils besoin d’un manuel pour persister dans ce monde ? Finalement, peut-être que l’écriteau était juste une plaisanterie pour éviter au curieux de s’introduire dans cette pièce. Ensuite, la jeune baronne aperçut la harpe qui était en travers. Elle la redressa doucement afin de ne pas trop l’abimer puis elle pinça les cordes pour faire ressortir quelques notes. Comme elle se l’imaginait, la harpe était désaccordée. Dommage, il faudra la régler. Entre-temps, son cousin Jules se préparait pour recevoir la comtesse de Petitchichi.  Il était debout devant son grand miroir sur pied et répétait le discours qu’il lui avait préparé.

Commentaires (2)

coralie-fouriau
  • 1. coralie-fouriau (site web) | 07 Fév 2018
Merci, j'essaierai de mettre la suite dès que possible. :)
citro
  • 2. citro | 07 Fév 2018
très drôle ce chapitre Coralie
hâte de lire la suite

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