Chapitre 1 - L'arrivée du roi

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En 1899, Anna était dans un carrosse assez grand en bois foncé avec des enluminures dorés sur les portes. À l’intérieur, le tissu et les rideaux étaient verts avec des motifs floraux dorés pour illuminer un peu plus. La famille Rosenberg était composée du Baron Walther, de la Baronne Christin et de leur fille de vingt-cinq ans Anna. Le père avait les cheveux châtains et portait une moustache en brosse. Son visage reflétait un être plutôt sympathique avec ses beaux yeux marron. Il portait un costume trois pièces. La mère, quant à elle, affichait un air plus sévère mais il lui arrivait d’être très gentille. Ses cheveux étaient attachés grâce à une pince plate sur le haut de sa tête. Elle portait une robe verte avec une broche formant une fleur blanche du côté cœur. La famille Rosenberg traversa une partie de l’Angleterre pour rejoindre le roi Jules 111 au château de Berkeck à l’occasion de son mariage avec la comtesse Éléonore de Petitchichi.

 

Entretemps, au château de Berkeck, le châtelain était dans un des couloirs du château décoré par la poussière et les toiles d’araignées. À priori seul, ce dernier s’occupait du bâtiment mais son grand âge ne lui permettait pas de l’entretenir comme il faudrait. Le châtelain poussait un chariot avec des draps qu’il devait ranger dans un des nombreux meubles de l’édifice. Le vieil homme ouvrit l’armoire et un courant d’air fit envoler un des draps loin derrière le châtelain. Ce dernier n’y accorda aucune attention et continua sa tâche sereinement. Une silhouette se forma ensuite sous la serviette qui s’éleva jusqu’à hauteur d’homme. Le fantôme s’approcha doucement, paisiblement et finit par… marcher sur le drap. Cette maladresse entraîna bon nombre de catastrophes. Le fantôme se rattrapa à une corde qui soutenait un gros lustre fait à partir d’une roue. Celle-ci tomba sur lui, le fantôme se retrouva coincé entre deux barres. Il se cogna contre une armure puis contre le meuble en face et chuta. Sa chute, d’ailleurs, fit trembler le meuble et des pots en métal lui tombèrent sur la tête. Pauvre fantôme, la malchance le poursuit encore et toujours. Le châtelain se retourna enfin et constata les dégâts. Il s’approcha du fantôme, encore caché par le drap, et enleva la roue pour le libérer.

 

« Si je peux me permettre de te donner un conseil, tu devrais enfin arrêter de jouer les fantômes, lui fit-il d’un air un peu agacé.

Cette familiarité laissait supposer que les deux personnes se connaissaient déjà. Hui Buh enleva rapidement le drap.

- Tu as d’autres talent très valables, continua-t-il.

- J’ai d’autres talents ? Mais regarde ça ! rétorqua le fantôme en sortant un document de sa poche. C’est mon diplôme d’État. Je suis le seul fantôme reconnu par les autorités ici, d’accord ? fit-il en se relevant. Malheureusement, il se prit le tiroir qui s’était ouvert lors de sa chute. Il prononça un cri de douleurs. Aah ! Enfer et damnation, ça fait mal ! ajouta-t-il en finissant de se relever. Et c’est ta faute, c’est toi qui me déconcentres avec tes soi-disant conseils.

- Mon cher Hui Buh, pour ta santé ainsi que celle de tout le château, ce serait mieux que tu cesses de faire le fantôme !

- Est-ce que je n’étais pas un tout petit peu effrayant ? demanda Hui Buh.

Soudain on entendit quelqu’un sonner à la porte principale du château.

- Chouette ! Un cas pour un fantôme professionnel. »

 

Puis Hui Buh disparut derrière un mur. Entretemps, Anna était accoudée à la fenêtre, le menton posé sur la paume de sa main droite. Elle portait une robe de velours rouge et satin brodée d’or, les manches étaient ouvertes sur l’intérieur et finissaient en pointe. Ses cheveux étaient attachés en chignon torsadé, avec une petite tresse qui passait sur le devant de sa tête et des petites mèches étaient relâchées sur le devant de son visage. Sa mère n’aimait pas lorsqu’elle relâchait des mèches car cela faisait plus sauvage. La jeune baronne n’en faisait déjà qu’à sa tête au manoir, il était inutile d’afficher ce trait de caractère sur son joli minois. Anna regardait défiler le paysage avec un regard mélancolique. La journée était pourtant très agréable. Le ciel était bleu, la nature était belle et les oiseaux chantaient. Mais la jeune baronne n’avait pas du tout envie de revoir la comtesse. Elle ne l’aimait pas du tout et cela se voyait très clairement malgré la politesse dont elle faisait preuve en sa présence. Mais la position de ses parents ne permettait pas à Anna de tenir ouvertement tête à Éléonore de Petitchichi. Soudain une voix féminine tira la jeune fille de ses pensées.

 

- Anna, fit sa mère, tu pourrais te tenir correctement !

La jeune fille sortit brusquement de ses pensées.

- Pardon mère, fit-elle en reprenant une bonne posture.

- J’ose espérer que tu te conduiras bien une fois arrivée à Berkeck.

- Et bien, je préfère vous avouer que venir voir mon cousin à ce mariage ne m’enchante pas du tout.

- Anna, reprit son père, ne le prends pas mal mais il s’agit de son choix, pas du tien.

- Mais c’est une femme horrible !

- Anna !! cria furieusement sa mère.

- Mais c’est vrai ! Ça se voit rien que dans sa manière de traiter le personnel !

- Anna ! Tu commences sérieusement à m’agacer ! fit sa mère sur un ton très sec. Tu iras à ce mariage, que cela te plaise ou non ! Et tu as intérêt à ne pas nous faire honte devant la cour !

Anna baissa le regard. Elle savait que si sa mère lui parlait de cette manière, c’est qu’il était inutile d’argumenter plus. Anna aimait amuser un peu la cour avec son violon.

- Tu pourrais peut-être lui offrir un air de violon en arrivant. Cela fera plaisir à ton cousin, il aime te voir jouer.

 

La baronne leva les yeux au ciel lorsque son mari fit cette proposition à leur fille. La mère tenter d’éduquer Anna de façon à avoir une fille distinguée mais le mari faisait tout le contraire. La jeune fille acquiesça avec un visage assez fermé. La mère était aussi très agacée par le comportement de sa fille, en général. Elle avait vingt-cinq ans et toujours pas de mari. Anna préférait accorder tout son temps à son violon, à ses spectacles et autres foutaises. Pourtant sa mère n’avait pas toujours été comme cela. Avant elle était comme son mari, laissant Anna écouter son cœur. Mais c’était avant qu’elle soit en âge de se marier. Aux yeux de sa mère, la passion d’Anna pour la musique était en train de la dévorer petit à petit. Madame la Baronne ne voulait que le bien de sa fille et la voir en train de passer à côté de bien des choses la rendait malade. C’était un sentiment que le père ne partageait pas, évidemment. La baronne espérait qu’Anna rencontre quelqu’un lors du mariage de son neveu. Peut-être que Jules avait invité d’autres gentilshommes qui pourraient convenir à Anna.

 

Chapitre 8

 

Le châtelain ouvrit la porte principale du château et découvrit un jeune homme noir de cheveux, le visage ovale avec une barbiche. Il portait une veste en cuir marron, une chemise écrue et un pantalon noir. Celui-ci afficha un beau sourire lorsqu’il vit le châtelain. Il le salua puis entra sous le regard du vieil homme. Le grand brun regarda un des portraits accrochés au mur.

 

« S’il vous plaît, puis-je vous demander à qui ai-je l’honneur ?

Le jeune homme se tourna vers lui.

- Oui vous pouvez, lui fit-il en souriant.

Il s’éloigna et le châtelain remarqua le même visage sur le portrait que le jeune homme regardait, le même sourire également. Il scruta d’autres portraits et constata que le jeune homme était le dernier héritier du château.

- Ma, ma… Maj… Majesté, je vous présente toutes mes excuses, bégaya-t-il en s’inclinant.

Le jeune homme rejoignit tout de suite le châtelain pour le redresser. Il se retrouva devant la statue d’une drôle de créature, comme une gargouille.

- Mais enfin, arrêtez cette gymnastique. Vous allez vous faire un lumbago. Je me présente, je suis le roi Jules 111e mais appelez-moi 111.

- Je n’ai pas bien compris.

- Vieille blague royale. Appelez-moi Jules.

Soudain la main de la statue s’anima et se tendit vers le jeune roi.

- Vous n’avez pas reçu mon télégramme ?

- Je… J’ai bien peur que non.

Il prit une grande serviette et la posa sur la main de la statue. Celle-ci s’arrêta nette.

- La malle de la poste a sûrement dû être attaquée.

- Qu’est-ce que vous faites ?

- J’enlevais un reste de poussières.

Le roi balaya la salle des yeux et constata toutes les toiles d’araignées. Le châtelain avait un comportement étrange.

- Désirez-vous que je m’occupe de vos bagages ? demanda le vieil homme.

- Non, c’est inutile, je vous remercie. »

 

Le jeune roi tapa des mains et la porte principale se rouvrit. Son personnel se mit à rentrer toutes ses affaires, des coffres, des malles, des paniers, des cages avec des poules dedans et divers objets. Les premiers invités devaient arriver pour 17h, ce qui leur laissait environ 3 heures, 22 minutes et 15 secondes pour nettoyer les pièces principales et préparer le bal. Le roi demanda à voir la salle, le châtelain s’exécuta. Ils en profitèrent pour discuter un peu, suivi de près par un… vase. Et oui, un vase qui abritait Hui Buh. Le vieil homme apprit que la résidence principale du roi avait été complètement détruite par un incendie, d’où sa venue en ces lieux. De plus, le roi devait célébrer son mariage. Tout en ramassant le vase et en cachant l’ouverture, le châtelain demanda qui était l’heureuse élue. Des bruits étranges venaient de ce vase, ce qui intrigua le roi. Ce dernier répondit qu’il s’agissait de la comtesse Éléonore de Petitchichi. D’ailleurs elle ne devait plus tarder à arriver vu qu’elle était en chemin. Les bruits devenaient de plus en plus forts, le roi demanda ce qui se passait. Le châtelain se justifia en disant qu’il s’agissait de simples souris. Il lui demanda de bien vouloir l’excuser puis le vieil homme s’isola dans une petite pièce. Sceptique, Jules s’approcha de la porte et écouta. Le châtelain plongea sa main dans le vase et sortit Hui Buh en un instant.

 

« Tu me mets dans un sacré pétrin tu sais, fit-il au fantôme.

- Hein ? Est-ce que tu les as vu ces… ces sandales ?!

- Ces VAN, vandales.

- Vandales ! Ils piétinent toutes mes toiles d’araignées et mes nuages de poussières. Et que vont devenir mes pauvres acariens ??

- Ce château fait partie du patrimoine des rois de Berkeck !

- C’est moi qui suis le fantôme officiel ! C’est mon château et si tu crois que je vais le partager avec ce guignol, tu te trompes !

Le roi écarquilla ses yeux. Mais qui était en train de discuter avec le châtelain ?

- Ce guignol ?? C’est un roi !!

- Taah ! Un roi ! Je vais le virer du château avec un coup de pied royal dans le derrière !!

 

Le fantôme tourbillonna dans les airs et disparut dans le mur. Le châtelain sortit de la pièce et vit le roi. « J’ai plutôt l’impression qu’elles sont énormes ces souris » remarqua le souverain. Le châtelain s’excusa encore une fois, ne sachant plus où se mettre. Et ce ne fut pas l’unique problème. Charles, le superviseur du personnel, arriva auprès du roi en catastrophe. C’était un homme assez grand, habillé tout en blanc et un peu efféminé. Quelle catastrophe ? Il y avait du homard en entrée principale pour le bal du soir.  La couleur du homard ne s’accordait pas avec les roses abricot. Le roi lui demanda de se calmer et d’inspirer-expirer dans un sac en papier. Charles le remercia et lui demanda ce qu’il serait sans lui. « Un chômeur » lui répondit le roi. Il l’informa qu’Éléonore allait bientôt arriver et qu’il restait tout à faire en un rien de temps. D’un coup, Charles se tourna vers le personnel et reprit les choses en main. « Vite, vite, vite ! Faisons de ce taudis le plus romantique des châteaux !! » cria-t-il. Le personnel ne se ménagea pas. Le plumeau fut passé partout, même sur les portraits des ancêtres du roi. Hui Buh tenta d’effrayer le personnel mais en vain. Il apparut devant un homme qui était en train d’huiler des armures. Tout ce que cet homme avait trouvé à faire était de mettre de l’huile sur sa chaîne qu’il estimait trop grinçante. L’homme s’en alla ensuite et Hui Buh fut bouche-bée. Pendant ce temps, le carrosse de la famille Rosenberg progressait dans la forêt et arriva enfin au château.

 

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Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour le retard que j'ai cumuler. Je vais tenter d'être la plus régulière possible. Merci pour votre lecture et vos commentaires.

Commentaires (2)

coralie-fouriau
  • 1. coralie-fouriau (site web) | 28 Jan 2018
Merci, je vais essayer de l'écrire au plus vite. Le souci est que j'ai tellement de projets en tête (que je dois noter tout de suite) que ça me freine. Je vais faire mon possible pour être régulière mais je ne te promets rien.
citro
  • 2. citro | 27 Jan 2018
belle mise en bouche
hâte de lire la suite Coralie

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Date de dernière mise à jour : 27 Jan 2018