Chapitre 7 - La lettre

 

Chapitre 7

 

 

Yselda avait les mains posées sur le miroir magique. Elle se concentra fortement car elle devait se défendre face à trois ennemis au lieu d’un. De plus, ils étaient situés à deux moments différents. Archibald et Richard regardèrent autour d’eux. Le jeune homme à lunettes fut attiré par un reflet. Liz s’approcha doucement vers le miroir. Des lumières électriques commencèrent à jaillir. Mais comment détruire ce miroir ? Le faire tomber suffirait-il ou était-il protégé par une quelconque magie ? La jeune femme s’approcha.

 

-  Vite Yselda ! Fais quelque chose. Ils sont si proches tous les deux !! s’alarma Erin.

 

Archibald tendit le bras, Élisabeth aussi. Les lumières furent plus importantes et soudain une main métallique sortit du miroir et agrippa leur cou. Liz eut le reflexe d’enlever la main qui l’étouffait mais elle suffoqua. Archibald commença à se débattre en soufflant le nom de son ami « Richard ! ». Ce dernier fut stupéfait par cette main menaçante. Mais sans réellement réfléchir, Richard donna un rapide coup d’œil autour de lui et prit une barre qu’il trouva près d’une caisse. Il frappa le miroir de toutes ses forces. Il explosa subitement  et des milliers de morceaux de verre jonchaient le sol. Archibald et Liz retombèrent sur le sable humide à moitié endormis. Yselda recula du miroir, elle était totalement impuissante et désemparée. La peur commença à l’envahir. L’enchanteresse les avait prévenues et elle serait impitoyable. Leur mission était de vider ce monde de tous les êtres humains pour pouvoir s’en emparer. Yselda et Erin avaient échoué et l’enchanteresse ne viendrait certainement pas à leur secours. C’était le prix à payer pour avoir comploter contre elle.

 

-  Que va-t-il nous arriver maintenant Yselda ?

 

Un livre se mit à bouger de l’étagère et tomba au sol. Lorsque les sorcières regardèrent le livre ouvert, elles virent l’image des enfers. Une ombre apparut dans la pièce, puis une autre et encore une autre. Les deux sorcières étaient entourées d’ombres… Des âmes ? Non juste les ombres des gens qu’elles avaient dévorés. Ceux-ci s’agrippèrent à elles tandis qu’elles criaient de frayeur. « Laissez-nous ! Allez-vous-en !! » Un passage noir se matérialisa devant elles et elles furent entraînées de l’autre côté. Les sorcières étaient condamnées. Richard s’approcha d’Archibald et le secoua un peu en l’appelant. Archibald se réveilla petit à petit. Il n’avait pas vraiment compris ce qui venait de se passer. Allait-il vraiment se faire étrangler par un miroir ? La grotte se mit à s’illuminer, à se colorer vivement. Cela dura quelques secondes puis plus rien. Le sort s’en était allé. Les deux hommes étaient perplexes. Juste à côté d’eux Élisabeth gisait sur le sol. Monsieur Andrews tourna la tête sur sa gauche. « Liz ! » fit-il en s’approchant d’elle. Il la remua délicatement en l’appelant. Liz toussa un peu et ouvrit les yeux. La première réaction qu’elle eut était de lui enlacer le cou et de se serrer contre lui. Richard fut assez surpris, tout comme Archibald, mais cela signifiait qu’elle allait plutôt bien.

 

-  Je suis désolée Monsieur Andrews, lui dit-elle en relâchant son étreinte. Mais je suis très contente de vous voir. Si vous saviez ce qui m’est arrivé.

-  Justement que vous est-il arrivé ?

-  Vous êtes là aussi Archibald ?

-  Oui, Richard a fait des pieds et des mains pour vous retrouver. Vous aviez disparu Élisabeth. Où étiez-vous donc ?

-  J’étais ici.

-  Non, on vous a cherché partout, aucune trace. On vous a appelé, aucune réponse.

-  Je ne comprends pas, avoua la jeune londonienne.

-  Nous non plus, rassura Richard. Nous devrions rentrer, on a suffisamment perdu de temps.

Une lueur verte apparut à ce moment-là. Deux silhouettes se tinrent devant les gens bien en chair. Archibald et Richard ne comprirent pas, n’en revenaient pas. Mais cela n’avait plus l’air d’étonner Liz.

-  Ce sont les fantômes du phare, expliqua-t-elle.

-  Merci de nous avoir aidé mademoiselle, fit James.

-  Mais je n’ai rien fait, objecta Élisabeth.

-  Vous avez fait beaucoup en venant jusqu’à nous. Si vous n’étiez pas venue, ces hommes ne seraient pas là et n’auraient pas brisé le miroir. Au revoir Liz.

 

Les fantômes s’effacèrent petit à petit puis disparurent à jamais. Les deux hommes aidèrent Élisabeth à se relever. Tous les trois remontèrent l’échelle. L’île semblait tellement vide. Mais une voix d’homme qui paraissait familière les interpela. C’était le docteur Demarion qui arrivait avec la police. Il expliqua à quel point il s’était fait un sang d’encre. Cela faisait maintenant plus de quinze jours que Mademoiselle Stevens avait disparu ; et les deux hommes pratiquement une semaine. Les trois londoniens ne surent expliquer ce qui s’était passé. Archibald affirma simplement que les gardiens avaient dû disparaître en mer car il n’y avait aucune trace des corps. Ils furent ensuite ramenés à Trewarthan. Les policiers n’avaient retenus aucune déposition. Ils laissèrent les trois personnes entre les mains du médecin local. Ce dernier les amena chez lui afin de leur offrir un thé bien chaud. Puis Liz se rendit compte qu’il ne restait que quinze jours pour faire leur travail.

 

- Retournez vite dans vos lieux d’accueil. Vous allez manquer de temps pour finir votre travail, recommanda-t-elle.

-  Nous l’avons déjà commencé. C’est plutôt vous qui êtes dans une mauvaise posture, répondit  Richard. Et il est préférable que nous restions auprès de vous pour le moment.

-  Pour quoi faire ? Je vais bien, je vous assure. S’il vous plaît, retournez dans vos lieux d’accueil. C’est très important pour notre avenir.

-  Je m’occuperai de Mademoiselle Stevens, ne vous inquiétez pas, fit le médecin. Elle est entre de bonnes mains.

-  Si c’est vraiment ce que vous voulez Liz, reprit Archibald, nous nous en irons. N’oubliez pas de lui remettre votre lettre Richard.

 

Archibald salua Élisabeth puis il s’en alla avec le docteur Demarion. Celui-ci s’était proposé de les raccompagner à la gare. Liz ne comprenait pas de quoi son ami parlait. Puis elle vit monsieur Andrews sortir une enveloppe et la lui restituer. De crainte de voir sa réaction il lui demanda de la lire en son absence. La jeune femme respecta son souhait et il la salua avant de s’en aller lui aussi. Comme à première vue, Liz avait l’air en bonne santé, le médecin lui annonça qu’il sera de retour dans environ une heure. Elle pouvait profiter de ce moment de solitude pour se reposer. À peine la porte refermée, la jeune londonienne ouvrit l’enveloppe, impatiente d’assouvir sa curiosité. Les trois hommes montèrent dans la voiture du docteur. Archibald et Richard regardèrent droit devant eux.

 

-  Tu as lu la lettre, commença Richard sur un ton sec.

Le docteur alluma le contact et démarra la voiture.

-  Juste le début. Quand j’ai vu qu’elle parlait de Liz, je l’ai immédiatement remise dans son enveloppe.

-  Et moi qui croyais que tu étais droit.

-  J’essaie d’être exemplaire mais la perfection n’existe pas. Tu le sais bien Richard. Mais cette lettre ne fait que confirmer mes soupçons.

-  Comment ça ?

-  Depuis l’arrivée de Liz, ton comportement n’a fait que changer.

-  Déjà bien avant son arrivée.

-  C’est vrai mais son entrée à l’école avait l’air de te dérouter. Mais j’avoue ne pas avoir d’explication pour notre amitié brisée soudainement.

 

Richard sentit qu’il ne pouvait plus fuir face à Archibald. L’intérêt qu’il avait à venir en aide à Élisabeth, cela monsieur Lewis le savait depuis un moment. Mais son insistance à son égard troublait quelque peu Richard. Alors il se jeta à l’eau. Sans doute se sentirait-il mieux s’il s’expliquait avec son ancien ami. Les explications, il les avait également transcrites à Liz car il estimait qu’elle avait le droit de savoir. La jeune femme était assise sur le canapé du salon, là où le thé refroidissait au fur et à mesure. Elle avait les yeux fixés sur cette lettre.

 

Mademoiselle Stevens,

 

Je vous écris non pas pour vous présenter mes excuses pour mon comportement mais surtout pour vous apporter quelques explications. Cela devient important et surtout urgent aussi bien pour vous que pour moi. Je vois l’incompréhension dans vos yeux chaque fois que je les croise. Alors les voici. La réticence dont je fais preuve à votre égard est en réalité artificielle. Je regrette de ne pas avoir conservé ce message blessant. Il ne reflète pas ce que j’éprouve pour vous. En fait je maudis celui qui l’a écrit ! Quel idiot ai-je été. J’aurai préféré vous connaître dans d’autres circonstances mais il est trop tard maintenant. J’ai été trop lâche envers vous.

Je dois réparer ce qui a été fait. Si je n’avais pas subi l’influence de mon père, jamais vous ne m’auriez vu sous cette perspective. Je le regrette sincèrement. J’espère que vous me pardonnerez d’avoir été aussi faible. Je dois désormais prendre mon courage à deux mains et oser affronter mon père. Sans doute qu’il sera courroucé mais je ne peux jouer la comédie plus longtemps. Je me suis rendu compte très vite durant votre absence que je me mentais à moi-même. Non je ne vous déteste pas, loin de là. Je vous admire. Non vous n’échouerez pas car vous avez sûrement les capacités d’atteindre votre but. J’aimerai avoir le même courage que vous. Je maudis mon père d’avoir mis un terme à mon amitié avec Archibald. Mais qu’importe la renommée, à quoi sert-elle réellement si elle fait de vous quelqu’un de vide ou de faux face aux gens ?

Ce masque, je lui jetterai à la figure. Je n’en veux plus. Il me fait souffrir. À cause de lui j’ai perdu un ami et l’occasion de me faire une amie. Je vous prie de me pardonner également pour les propos que j’ai tenus à la gare. Ceci n’était qu’un prétexte pour vous voir une dernière fois avant de partir pour Newcastle Upon Tyne. Finalement si, je vous présente mes plus plates excuses.  Je doute sincèrement que vous accepterez de me pardonner. Mais au moins vous aurez eu les explications que vous méritiez. Je pense que nous ne nous verrons plus après la cérémonie des diplômes alors je vous souhaite bon courage. Bon courage pour votre examen. Bon courage pour votre vie qui promet d’être palpitante. Même cela, je n’ai pas osé vous le dire en face. Je serai un lâche jusqu’au bout.

 

Au revoir mademoiselle Stevens.

 

Richard Andrews

 

La lettre était simplement signée « Richard Andrews ». Aucun mot tendre à son égard mais sans doute n’avait-il pas osé être plus chaleureux que cela. Élisabeth avait le cœur battant lorsqu’elle reposa la lettre sur ses cuisses. Ces mots, il y a longtemps qu’elle voulait les entendre. Depuis qu’elle sait que Richard était un ami d’Archibald. Elle s’était toujours interrogée à leur sujet et maintenant elle avait la réponse sous les yeux. Quelle réaction devait-elle avoir face à cela ? De l’indifférence ? Non elle n’était pas indifférente face aux aveux de cet homme. De la colère ? Pourquoi être en colère ? Cela ne résoudrait rien. Monsieur Andrews se traitait lui-même de lâche et cela désolait la jeune femme. Elle ne voulait pas qu’il se rabaisse ainsi, juste savoir ce qui se passait entre eux car elle n’avait jamais rien compris. Évidemment puisqu’elle n’était pas encore là lorsque la dispute entre les deux hommes avait eue lieu. Comment réagira-t-elle lors de son retour à Londres ?

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 04 Sept 2017