Chapitre 6 - Prisonniers du temps

Chapitre 6

 

Le train arriva à la gare de Plymouth vers 9h12. Le docteur Demarion était présent et attendait les deux jeunes gens. Il tenait un écriteau en carton avec noté dessus « Richard Andrews » tout en toisant le quai. Les deux hommes descendirent du train et balayèrent les lieux du regard. Richard vit le vieil homme inquiet avec son panneau. Il s’approcha vivement accompagné par Monsieur Lewis. On vit un bref soulagement chez le vieux médecin qui les salua.

 

-  Bonjour Monsieur Andrews, commença-t-il en lui serrant vivement la main. Content de vous voir.

-  Bonjour Docteur Demarion. Voici Archibald Lewis, un ami proche de Mademoiselle Stevens.

-  Enchanté Monsieur. C’est une tragédie. Tout cela est ma faute, je n’aurais jamais dû parler du phare.

-  De quel phare parlez-vous ? Questionna Archibald.

-  Le phare de Fetch Rock, c’est un purgatoire situé à environ quarante kilomètres des côtes de Trewarthan. Mademoiselle Stevens a disparu le lendemain de notre discussion à ce sujet. J’ignorais qu’elle tenterait quoi que ce soit. Et je ne suis pas réellement certain qu’elle soit là-bas. Je ne suis sûr de rien, paniqua le docteur.

-  Vous ne pouviez pas le deviner, rassura Richard. Pouvez-vous nous conduire à Trewarthan ?

-  Oui oui, bien sûr. Suivez-moi.

 

Le docteur emmena les deux jeunes hommes vers sa voiture. Puis il roula jusqu’à la ville portuaire en expliquant ce qui se tramait autour de Fetch Rock. C’était sans doute ce qui avait suscité la curiosité de la jeune femme. « Qu’avait-elle besoin de fuguer ainsi comme une voleuse ! » s’énerva Richard. Archibald n’apprécia pas cette remarque mais ne contredit point. C’était également ce qu’il pensait mais de façon moins violente. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent à Trewarthan. Ils ne perdirent pas de temps et se dirigèrent vers les embarcadères.

 

-  Que comptez-vous faire ? interrogea le médecin.

-  Nous allons nous rendre à Fetch Rock, répondit Archibald. La police fait ses recherches sur le littoral vous nous avez dit.

-  Oui.

-  Alors nous partons tout de suite.

-  Mais vous allez savoir aller là-bas ?

-  Qu’on nous dise simplement où nous diriger, suggéra Richard. Si Élisabeth a su s’y rendre par ses propres moyens, nous y arriverons également.

-  Très bien. Dirigez-vous vers le sud, directement à partir du quai. C’est le seul phare ayant une mine pas très rassurante. Il est simple et d’un blanc terni par le temps. Et l’île n’a rien d’attirante non plus. Ce n’est qu’une plage. Sur d’autres îles, les équipages ont pu se faire un petit jardin artificiel. Mais Oliver Drake n’a jamais voulu qu’on amène la moindre terre chez lui. Son phare, il l’aime comme il est. Suivez cette direction et vous ne devriez pas le rater.

-  Merci beaucoup, fit Archibald. Est-ce que l’un de ces pêcheurs serait enclin à nous prêter une barque ?

-  Je pense oui, répondit le docteur. Il chercha quelqu’un sur le quai. Dan ! Pourrais-tu prêter ta barque à ces messieurs ? C’est pour une affaire des plus importantes !

-  Ouais d’accord. Du moment qu’il me la ramène en un seul morceau.

 

Les deux jeunes hommes ne perdirent pas de temps. Ils embarquèrent tout en remerciant le pêcheur pour sa générosité. Archibald avait prit les rames et vogua dans la direction indiquée. À vrai dire, ramer lui occupait l’esprit. Richard semblait de plus en plus inquiet. Et si on ne la retrouvait pas ? À cette pensée, Monsieur Andrews passa sa main sur le visage. Elle pourrait très bien être perdue en mer ou pire.

 

-  Nous la retrouverons Richard, assura Monsieur Lewis.

-  Qu’en sais-tu ?! Qu’est-ce qui nous dit que Mademoiselle Stevens est encore en vie ?!

-  Je n’en sais rien mais je garde espoir. Liz est débrouillarde mais pas suffisamment folle pour aller se perdre en plein océan. Aussi je pensais qu’elle ne valait rien à tes yeux. Pourquoi voler à son secours ?

-  Je t’ai déjà dit que je ne pouvais rien affirmer pour le moment, répondit Richard d’un ton sec.

-  C’est à cause de ton père, n’est-ce pas ?

-  Arrête de m’interroger Archibald. Tu sais très bien que j’ai horreur de subir un interrogatoire.

 

Archibald se tut. Inutile d’insister, il n’aura pas d’autres informations de la part de Richard pour le moment. Il n’empêche que cela l’intriguait. Monsieur Lewis avait bien quelques idées en tête mais cela n’étaient que des hypothèses. Il continua à ramer en silence puis il s’approcha d’une île semblable à la description donnée par le médecin. Effectivement, les lieux avaient l’air désert bien qu’en plein jour ils étaient moins effrayants. Les deux hommes débarquèrent et cherchèrent désespérément Élisabeth sur toute l’île en criant son nom. Toutefois, ils n’eurent aucun signe de vie.

 

-  Ooh, tu crois que c’est la jeune fille qui nous a amené ces beaux jeunes hommes Yselda ?

-  Je ne le crois pas, j’en suis sûre. Cela n’était pas prévu mais je ne refuse pas deux jeunes gens plein d’énergie. Le phare est devenu une énigme. Si cette histoire nous amène d’autres curieux alors l’île est plutôt une bonne attache.

-  Oui si elle ne tombe pas dans l’oubli. Si c’est le cas, nous devrons trouver une autre attache sans quoi nous mourrons de faim. Notre faiblesse ne fera que s’accroître. Mais la pire chose qu’il pourrait nous arriver, c’est si le miroir est brisé. La grande enchanteresse ne nous a pas épargné lorsqu’elle nous a maudites.

-  Certes si le miroir est brisé nous sommes perdues à jamais. Espérons qu’il se défendra le moment venu.

Les hommes continuaient à chercher. Archibald se rendit derrière la maison et vit une échelle. Il appela son ami et lui montra qu’il y avait un accès. Entre-temps Liz était agenouillée sur la plage et ressuyait ses larmes. Soudain, une lueur verte s’illumina dans la nuit. C’était James Woolf qui voulait lui apporter quelques nouvelles. Il lui expliqua ce qu’il avait entendu près du miroir.

-  Mais comment est-ce possible ? Je ne suis pas certaine qu’un miroir brisé puisse venir à bout de cet enchantement.

-  La sorcière avait l’air sûre de ce qu’elle disait. Cette pensée semblait l’inquiéter. Le miroir est un passage entre leur monde et le nôtre mais elle ne semble pas vouloir venir chez nous. Vu dans quel état il nous a mis, je le comprends parfaitement. Je pense que c’est également grâce à lui que l’enchantement peut perdurer. Sans passage, comment atteindre au lieu qui est… parallèle au leur si je puis dire. Cela m’ennuie de vous demander ça mais pensez-vous pouvoir le détruire ?

Une immense frayeur s’empara de la jeune femme. Elle s’est sentie pâlir d’un coup. Ce miroir avait l’air tellement dangereux au vu de ce qu’il est advenu de l’équipage. Cependant, elle ne pouvait refuser son aide à cet esprit bienveillant ; d’autant plus que c’était pour cela qu’elle était venue. En réalité elle avait fait preuve d’une grande témérité lorsqu’elle avait pris cette décision. Mais désormais, la raison prenait le dessus sur le cœur. Après une grande hésitation silencieuse, elle finit par se relever. De toute façon elle ne pouvait quitter cet enfer alors même si elle devait se sacrifier, peut-être que cela épargnerait d’autres victimes.

-  Guidez-moi vers le miroir James.

-  J’empêcherai Robert de vous attaquer, ajouta-t-il en montant les dunes. Enfin « attaquer » est un bien grand mot. Nous sommes intangibles. Croyez-moi que si j’avais pu briser le miroir, je l’aurais fait depuis longtemps et vous ne seriez pas là.

Élisabeth écoutait à peine les propos de son interlocuteur, surtout la fin. Son cœur était déjà suffisamment lourd. Plus elle s’approchait de la maison, plus son cœur battait fort. La voilà, cette échelle glacée et humide. La jeune londonienne se frotta les bras en espérant se réchauffer un peu. Mais la petite chaleur causée par ses frictions disparaissait bien trop rapidement. Les deux hommes descendirent l’échelle, Élisabeth aussi. Ils marchèrent vivement sur les planches, Liz avait un pas bien moins enjoué. La grotte était obscure, froide, inhospitalière. Elle semblait un peu plus visible le jour levé. Élisabeth tendit le bras pour éclairer son chemin et entra dans la grotte. Les hommes étaient juste un peu devant elle mais les individus ne se croisèrent à aucun moment. Ils étaient tous prisonniers du temps mais pas dans le même temps. Une autre lueur plus vive et menaçante jaillit du miroir et en poussant un cri des plus fantomatiques. Élisabeth recula en criant.

 

-  Non Robert ! Ne la chasse pas ! Elle veut détruire le miroir ! cria James.

-  Par les enfers !! fit Erin en paniquant. Que va-t-il advenir de nous ! Nous ne pouvons rien faire !!

 

Yselda s'approcha vivement du miroir. Elle posa ses mains dessus et ferma les yeux. Cette fois le miroir ne devra pas se contenter de tirer un individu d’un monde à l’autre. Il devra lui ôter la vie.

 

Vous osez m’affronter mais je vous anéantirai !!

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Date de dernière mise à jour : 04 Sept 2017

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Suite à un contretemps, la séance de dédicaces du 25 novembre à

Cora Soissons est reportée au

16 décembre de 14h à 17h30

Navrée pour le désagrément et merci pour votre compréhension.