Chapitre 5 - L'otage de Fetch Rock

Chapitre 5

Une femme brune ayant la quarantaine était dans sa cuisine. Elle avait la tête dans ses bras recroquevillés sur elle-même et elle sanglotait. Son mari était debout juste à côté d’elle et lisant l’encart paru dans le journal The Times. L’expression qu’il eut sur le visage était accablante. Il était devenu pâle, sa lèvre inférieure tremblait et ses yeux étaient devenus larmoyants. Sa fille avait disparu. Celle qu’il avait violemment reniée n’était plus là. « On n’aurait jamais dû la laisser partir » lui fit sa femme entre deux sanglots. Mais l’homme fut incapable de lui répondre. Il lâcha négligemment le journal qui se déploya rapidement sur le sol. Les jambes en coton, le malheureux rassembla ses forces pour se diriger dans le salon et s’asseoir dans son fauteuil. Il regarda longuement dans le vide, les joues perlaient de larmes et les yeux rougis par le chagrin.

 

Archibald était arrivé à la gare de Newscastle Upon Tyne, là où Richard l’attendait avec impatience. En sortant du train, Archibald entendit le sifflement d’une autre machine situé juste à côté. Cela lui fit très mal aux oreilles. Tentant d’oublier cette douleur soudaine, il balaya le quai du regard en espérant trouver Richard. Lorsqu’il l’aperçut, Archibald s’empressa de rejoindre son ancien ami.

 

-  J’ai les billets pour rejoindre Plymouth. J’ai également contacté le docteur Demarion. Il viendra nous chercher lorsque nous serons arrivés.

-  Mais comment avez-vous eu ses coordonnées ?

-  J’ai des amis hauts placés, vous avez oublié ? Dépêchons-nous, le train part dans dix minutes.

Richard se retourna pour conduire Archibald dans le bon train.

-  Vous qui la détestiez, vous me semblez bien pressé.

Le jeune homme se tourna.

-  Je ne suis pas ingrat, Archibald. Mademoiselle Stevens a des problèmes. Nous ne pouvons pas la laisser comme cela. Hâtons-nous maintenant.

-  Je ne disais pas cela pour vous insulter Richard, continua Monsieur Lewis en le suivant. Je suis juste un peu surpris. Néanmoins c’est gentil de vous soucier d’elle. Vous me rappellerez de vous rembourser le montant du billet.

-  Au diable l’argent, réfuta-t-il. Nous avons plus important à faire.

 

Archibald fut grandement étonné d’un tel comportement. Mais durant leur course, une lettre tomba de la veste de Monsieur Andrews. Monsieur Lewis la ramassa furtivement et rejoignit Richard dans leur compartiment. Après un contrôle des billets, le train se mit en marche. Un long chemin les attendait jusqu’à Plymouth. Toutefois pendant le trajet, Monsieur Andrews remarqua qu’il avait perdu sa lettre. Comment était-ce possible ? La poche était certainement trop petite pour le courrier qu’elle contenait. Cela l’ennuyait énormément et cela se voyait sur son visage.

 

-  Quelque chose ne va pas Richard ?

-  J’ai perdu un document.

-  Ah bon ? Quel genre de document ?

-  Une lettre adressée à… Peu importe. J’ai dû la perdre sur le quai. Trop tard pour la récupérer, nous sommes déjà bien loin.

Ce fut à ce moment-là qu’Archibald réalisa l’importance du courrier qu’il avait ramassé. Sa conscience lui dictait de le remettre à son propriétaire.

-  Alors je pense que vous seriez ravi si on vous la remettait.

Archibald sortit de sa poche intérieure le papier sous le regard perplexe de Richard. Il tendit le bras.

-  J’espère que vous ne l’avez pas lu,  fit Monsieur Andrews en saisissant la lettre.

-  Vous savez comment je suis.

-  Oui, aussi droit qu’un « I », évidemment.

-  Écoutez Richard, j’ignore pourquoi vous vous êtes mis dans la tête que je n’étais pas fiable. Sincèrement j’aimerais en connaître la raison.

Monsieur Andrews resta silencieux.

-  Qu’est-ce qui vous a poussé à me haïr de la sorte ?? reprit Archibald. À qui cette lettre est-elle destinée ? Vous vouliez une nouvelle fois accabler Mademoiselle Stevens ?!

-  Non je ne cherche pas à l’accabler ! Il n’y a aucune insulte dans cette lettre, pas même un sous-entendu malveillant. Quant à vous… Je ne peux rien vous dire pour le moment.

-  Pourquoi « pour le moment » ? Quand pourrez-vous être franc avec nous ? renchérit Archibald les sourcils froncés.

-  Quand je me sentirais prêt ! Je suis désolé Archibald mais pour l’instant tu dois te contenter de cette réponse !

 

Monsieur Lewis n’ajouta rien à cela. Mais il soupçonnait son père d’être impliqué dans tout cela. Monsieur Andrews Senior était quelqu’un de très important. En effet il faisait partie de l’Assemblée de Londres. De plus, c’était un homme de nature très fier. Quel honneur se serait si son fils obtenait un poste à l’académie royale.

 

Entre-temps Élisabeth se releva doucement tout en tremblotant devant cette silhouette lumineuse. Elle n’osa pas l’approcher alors James l’encouragea. « Approchez, n’ayez pas peur. Robert n’est pas là, il surveille la grotte. Il ne vous fera rien. »

 

-  De quelle grotte parlez-vous ?

-  Il ne faut pas y aller. C’est là qu’elles s’empare de vous. Partez !!

Élisabeth pris le papier qu’elle avait glissé dans sa poche. Il y avait un plan dessus. Il fallait descendre par l’échelle qu’elle avait vue en arrivant. Elle avança un peu vers le fantôme.

- Laissez-moi passer s’il vous plaît, demanda-t-elle d’un air craintif.

-  J’espère que vous ne commettrez pas une folie.

 

Le fantôme s’éclipsa laissant ainsi le passage libre. Liz s’empressa de descendre l’escalier en colimaçon. Elle regarda autour d’elle pour vérifier qu’il n’y avait pas un autre fantôme qui l’épiait. Elle passa devant le gros générateur qui faisait un bruit monstre et sortit de la maison. L’air était toujours frais et la nuit perdurait. C’était très silencieux. Ce silence était inquiétant mais le contraire aurait été un signe de la présence d’un autre fantôme, vu que l’équipage avait trépassé. Yselda scrutait toujours son miroir, surveillant les moindres faits et gestes de la demoiselle.

 

-  Tu crois qu’elle va trouver le miroir dans cette obscurité ? lui demanda Erin.

-  Non, mais ne t’en fais pas. Je vais lui donner un coup de main.

 

Élisabeth regarda autour d’elle. Elle s’était rendue compte qu’elle avait oublié sa lampe tout en haut du phare. Mais cela n’avait aucune importance. Il y en avait une sur le rebord de la fenêtre. Pourtant il ne lui semblait pas l’avoir vu en arrivant. Peut-être était-elle cachée par les ténèbres envahissant les lieux. Liz prit la lampe, l’alluma et se dirigea vers l’arrière de la maison. En regardant en bas, on voit un petit coin de sable entouré par la mer bien heureusement calme. La jeune femme descendit l’échelle glacée et éclaira les lieux. Il y avait les planches qui étaient dessinées sur le plan. Apparemment elles menaient à une cavité souterraine. C’est sans doute la grotte dont parlait James.

 

-  Elle arrive. Elle arrive ! fit Erin d’une voix surexcitée.

-  Patience ! ordonna Yselda. Nous ne la tenons pas encore.

Yselda scruta encore le miroir et s’adressa à Liz. Sa voix résonnait sur la plage comme un écho.

-  Par ici jeune fille… Viens, n’aie pas peur. L’équipage a besoin de toi.

 

Cette voix glaça le sang de la jeune londonienne. Les sorcières étaient bel et bien là. Terrifiée, elle rebroussa chemin et se dépêcha de remonter l’échelle. « Hâtez-vous jeune demoiselle, fit James. Il n’est peut-être pas trop tard pour fuir cet endroit maudit. » Elle courut jusqu’au rivage et voulut monter dans sa barque. Toutefois, elle fut violemment projetée en arrière. Que s’était-il passé ? Liz se releva en grelottant. Elle tendit la main en avant et essaya de palper ce mur invisible. Lorsqu’elle le toucha enfin, celui-ci se mettait à briller. Élisabeth était prisonnière de Fetch Rock. « Laissez-moi partir !! » hurla-t-elle dans un cri de désespoir tandis qu’Yselda fixait son miroir avec un sourire narquois.

 

« Prisonnière du phare tu seras. » - Yselda.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 21 Août 2017