Chapitre 2 - Voyage jusqu'à Trewarthan

Chapitre 2

Le lendemain matin, Liz se réveilla à six heures. Elle se leva de son lit et se dirigea vers la fenêtre. Elle ouvrit prudemment, progressivement le volet pour ne pas être éblouie par la lumière du soleil. Elle se frotta tout de même les yeux puis elle partit dans la salle de bain se faire une toilette. Elle sortit environ une demi-heure plus tard. Elle rangea ses dernières affaires, prit sa valise et son gros sac de voyage puis s’apprêta à partir vers la cafétéria pour prendre son petit déjeuner. Elle partirait directement à la gare ensuite. Mais une forme blanche sur le sol stoppa sa course. Liz se baissa et ramassa l’enveloppe. Celle-ci était vierge, aucun nom pas même le sien en destinataire. C’était assez curieux. Elle l’ouvrit et prit le message à l’intérieur. « Vous y arriverez Élisabeth. Vous êtes une femme formidable. Bonne chance pour votre voyage. » Ces mots lui mirent du baume au cœur. Elle eut un joli sourire, c’était très bien pour commencer la journée. Elle regretta cependant que le message ne soit pas signé. Elle supposa qu’il était d’Archibald. Il a toujours été d’une bonté inégalable envers elle. Elle rangea le billet dans son sac de voyage puis sortit de la chambre. Elle ferma la porte à clef puis elle se rendit chez le concierge pour la lui rendre. Elle lui annonça qu’elle partait pour un mois. Il fallait donc qu’il s’attende à son retour. Après avoir prit son petit déjeuner, Liz se rendit à la gare de Londres. Il était environ 8h et elle attendait sur le premier quai. Puis elle vit un visage qu’elle reconnaissait assez facilement dans la foule. Cet homme s’approcha d’elle sans crainte tandis que Liz se demandait ce qu’il pouvait bien lui vouloir. Richard s’arrêta devant elle et la regarda droit dans les yeux.

 

« Bonjour Mademoiselle Stevens. J’espère que vous ferez un bon voyage chez les paysans et les mineurs. Vous êtes sûre d’être parfaitement vêtue pour ce genre d’endroit ? lui fit-il avec un sourire narquois.

- Bonjour Monsieur Andrews. On m’a dit que les Cornouailles étaient très beaux à voir.

- C’est Monsieur Lewis qui vous a raconté cela ? Cela ne m’étonne pas de lui. C’est de là qu’il vient, d’une ferme miteuse. Il voulait juste vous rassurer.

- Monsieur Andrews, je pourrais savoir à quoi est due votre haine envers nous ? Êtes-vous jaloux de sa réussite ainsi que de la mienne ?

Le jeune homme eut un autre sourire moins moqueur que le précédent.

- Jaloux ? Je n’ai rien à craindre de vous. Je suis tout aussi capable que vous d’être le meilleur de la promotion, justifia-t-il d’une voix tendue.

- C’est donc votre but ? Finir premier à l’examen ?

- Le premier candidat est sûr d’obtenir le meilleur poste vacant.

- Alors dans ce cas je vous laisse la place sans aucun regret, lui rétorqua-t-elle. Soyez le premier de la promotion pour satisfaire votre égo !

- Vous semblez contrariée. J’en conclus que c’était également votre but ? Vous voulez écraser les hommes, n’est-ce pas ?

- Mais non ! Vous vous méprenez. Je veux juste devenir cartographe. Peu importe la place que j’obtiendrai. Et j’y arriverai. Ce ne sont pas des gens comme vous qui m’en empêcheront. Il s’agit de mon avenir. À moi de décider de ce qu’il adviendra.

- Vous êtes déterminée et tellement naïve à la fois. Cependant j’admire votre ténacité. Je vous souhaite bien du plaisir dans les pâtures.

La jeune femme soupira tandis que Richard s’éloigna progressivement. Il devait se rendre sur le second quai et son train n’allait pas tarder à s’en aller. Archibald arriva à ce moment-là. Il était d’humeur très joviale. Chaque fois que Liz le voyait d’aussi bonne humeur, elle ne pouvait s’empêcher de l’être également ; du moins le temps de sa présence.

- C’est une magnifique journée Liz, n’est-ce pas.

- Oui en effet, répondit-elle en souriant.

- Que vous  voulait-il Richard ?

- Oh me rabaisser comme presque tous les hommes font depuis mon arrivée.

- Ne l’écoutez pas. Vous connaissez votre valeur et vous avez tout mon soutien.

- Je vous remercie Archibald. Vous ne cessez de m’épauler depuis le début et je vous en suis très reconnaissante. Mais je ne m’attendais pas à ce que vous glissiez un message sous ma porte.

Archibald redoubla d’attention mais il semblait ne pas comprendre les propos d’Élisabeth.

- Message ? De quel message parlez-vous ?

- Eh bien ce message là. Elle chercha le billet dans son sac de voyage et le montra à son ami. Il n’est pas de vous ?

Il examina le message.

- Non. Ce n’est pas mon écriture. « Formidable » ? Vous avez un admirateur.

- Je suis affreusement gênée, avoua-t-elle en rougissant. Mais qui aurait pu me glisser ce message ? À part vous, j’ai l’impression que tous les hommes sont contre moi.

- Je l’ignore mais cette personne semble ressentir des choses plutôt positives pour vous. Elle vous encourage d’une manière détournée alors je pense qu’on ne le saura pas avant un bon moment.

- En voiture ! cria le contrôleur. Le train va bientôt partir ! »

 

Liz salua son ami puis monta dans le train. Elle parcourut le couloir et entra dans une cabine. Elle posa ses bagages sur l’une des banquettes. Elle fut soulagée car ils faisaient un certains poids. Élisabeth s’assit sur l’autre banquette et regarda à l’extérieur. Elle vit Archibald qui l’avait enfin repéré et lui fit un grand sourire. Celui-ci lui fit un grand signe pour lui dire « au revoir » tandis que le train s’éloignait dans une atmosphère très bruyante. Le train d’Archibald arrivait bien plus tard, il avait encore le temps de se rendre au quai. Le jeune homme avait menti lorsqu’il disait ne pas connaître l’auteur du message. Seulement cette personne était tellement étrange qu’Archibald n’était pas certain de ses conclusions. Peut-être était-il dans l’erreur. Ce dernier se rendit donc sur le troisième quai tout en étant songeur. Le train d’Élisabeth allait mettre environ cinq heures pour arriver jusque Plymouth. Elle eut le temps de lire son livre en grande partie et de déjeuner. Comment payait-elle son voyage alors que son père lui avait coupé les vivres ? Son oncle y était encore pour quelque chose. Liz avait obtenu une petite bourse lui permettant de subvenir à ses besoins le temps de ses études. Le paysage continua à défiler et Liz ne reconnaissait plus rien du tout.  Elle ressentit une profonde amertume au vu de ce nouveau décor. C’était sans doute le mal du pays. Environ une heure plus tard, le train arriva à la gare de Plymouth. Le conducteur donna un grand coup de sifflet pour annoncer son arrivée. À l’arrêt complet du train, les voyageurs descendirent tels des fourmis sur le quai. Liz fut une nouvelle fois encombrée de ses bagages. Elle vit un homme d’un âge un peu avancé et d’une allure débraillée tenant une pancarte avec son nom dessus. Elle s’approcha curieusement, posa ses bagages et salua l’homme avec un sourire jaune.

 

« Bonjour je suis Élisabeth Stevens.

- B’jour, moi c’est Pete, répondit-il grossièrement. L'docteur Demarion m’a chargé de vous accompagner jusqu’à Trewarthan.

- D’accord. Allons-y dans ce cas.

- Suivez-moi. Ma charrette est juste d'vant la gare. »

 

Liz reprit ses bagages car l’homme n’aurait pas eut la présence d’esprit d’en prendre au moins un pour l’aider. Ils traversèrent le bâtiment en esquivant les autres voyageurs et se retrouvèrent à l’extérieur. Le temps était plutôt maussade avec ses nuages gris. La traversée campagnarde fut bien silencieuse et par conséquence ennuyeuse car le fermier n’était pas très bavard. Et la jeune femme n’osait briser ce silence qui semblait être si précieux à cet homme. Elle dut se contenter d’observer le paysage vallonné et d’écouter le chant de la nature. Le ciel s’était un peu éclaircit, ce qui donna à Élisabeth une nouvelle perspective des lieux. Après une demi-heure de trajet, Élisabeth arriva enfin à Trewarthan, la ville portuaire. Pete s’arrêta devant la maison du médecin local. C’était une bâtisse toute simple, blanche avec des fenêtres et portes en bois brut. Il était environ 14h30. Liz prit ses bagages dans la charrette et Pete s’en alla aussitôt rejoindre sa ferme. La jeune femme frappa à la porte et attendit que l’on ouvre en regardant autour d’elle. Certains habitants la dévisageaient, ce qui causa un certain trouble chez Liz. Elle entendit quelqu’un s’approcher de la porte et l’ouvrir. Un homme assez vieux portant une vieille chemise blanche et un pantalon noir se tenait devant elle.

 

« Bonjour, vous devez être Mademoiselle Stevens, lui fit-il en souriant.

- Oui et vous le docteur Robert Demarion.

- C’est bien ça. Je vous en prie, entrez.

La demoiselle prit alors ses bagages.

- Laissez-moi vous soulager d’un peu de poids. Votre valise semble lourde.

- En effet, il y a toutes mes affaires dedans.

Elle entra dans le hall qui était en fait un simple couloir. Le médecin proposa de laisser les valises à l’entrée. Il l’invita dans le salon et lui demanda si elle désirait un café, elle accepta volontiers. Il partit dans la cuisine situé juste à côté tout en lui faisant la conversation. Il revint quelques minutes plus tard avec un plateau contenant des tasses, des cuillères, du sucre, du lait et quelques biscuits. Il retourna ensuite chercha la cafetière.

- Je suis navré mademoiselle mais je n’ai pas de chambre d’ami. Je vis seul dans cette petite maison. Mais il y a un cabanon juste à côté de ma maison où vous pourrez loger. Cela ne vous dérange pas ?

- Non pas du tout.

- Vous pourrez utiliser ma salle de bain comme bon vous semble… Vous êtes ici pour un stage en cartographie. J’avoue que vous êtes la première femme cartographe que je rencontre.

- Cela ne semble pas plaire aux hommes.

- Ne vous laissez pas décourager. Vous êtes loin de vos camarades. Un petit détachement du quotidien vous fera du bien. Certains hommes ont un esprit borné et on ne pourra pas les changer.

- Est-ce vraiment nécessaire de cartographier cette ville ?

- Oui. Les cartes de la ville sont devenues obsolètes. Une petite mise à jour ne fera pas de mal. Le sable bouge constamment avec le courant. Les baies changent de visages constamment. Il y a aussi les phares qu’il ne faut pas oublier. Certains peuvent être visités le week-end mais les gardiens préfèrent tout de même leur tranquillité… Néanmoins, évitez de vous rendre sur Fetch Rock.

- Pourquoi ?

- Eh bien des pêcheurs m’ont dit que lorsqu’ils sont passés devant hier soir à la nuit tombée, le phare était éteint. Ce n’est pas une chose normale. Le phare doit avertir les navires qu’ils approchent des côtes. C’est troublant. Nous n’avons aucune nouvelle d’Oliver Drake et de son équipe. Nous n’avons aucun contact radio. Cela inquiète les marins. J’espère qu’il ne leur est rien arrivé et que c’est juste leur radio qui ne fonctionne plus. Nous avons averti les gardes-côtes mais aujourd’hui la mer était trop agitée pour se rendre sur le rocher. Ils s’y rendront demain matin si la mer le permet. Le ciel s’est dégagé mais il y a encore beaucoup de vent. »

 

Les propos du médecin avaient intrigué Élisabeth. Que pouvait-il bien se passer sur ce rocher ? Robert dissuada Liz d’aller sur Fetch Rock car cela pouvait être dangereux, surtout pour une jeune femme. Après le café, le docteur conduisit la londonienne au petit cabanon. Il était plutôt lugubre. Des murs grisonnants, une porte en bois pleine ; il y avait un lit puis une table et une chaise dans un petit recoin. Ce n’était pas un endroit convenable pour une femme mais Liz ne rechigna point. Le médecin la laissa prendre ses marques. Liz se contenta se poser ses valises dans un coin. Elle sortit pour visiter la ville.  Cela lui changerait sûrement les idées. Tout ce qu’elle voulait pour le moment, c’était chasser cette morosité qui s’était installée en elle. Elle se rendit sur le port et demanda à un pêcheur de lui indiquer les phares qu’il y avait aux alentours. Il lui indiqua l’emplacement de chaque phare sans trop savoir pourquoi elle voulait cette information. Elle le remercia et repartit dans la ville.

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Date de dernière mise à jour : 06 Août 2017